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Vu du Royaume-Uni

A Birmingham, Boris Johnson fait son show en bémol

Le rival de Theresa May a prononcé un discours très couru au congrès annuel des conservateurs britanniques à Birmingham, mais n'a pas forcément convaincu.

Boris Johnson donne son discours lors du congrès du parti conservateur, le 2 octobre 2018 à Birmingham. (Photo Paul Ellis. AFP)
ParSonia Delesalle-Stolper
envoyée spéciale à Birmingham
Publié le 02/10/2018 à 18h34

Ils sont tous là. Ou presque. Les conservateurs brexiters les plus virulents et les plus critiques de Theresa May se sont déplacés en masse au congrès annuel des conservateurs britanniques à Birmingham. Il y a là plusieurs anciens ministres, celui au Brexit David Davis ou celle au Développement international Priti Patel. Derrière eux, une foule excitée a envahi les lieux. Face aux immenses files d’attente à l’extérieur de la salle, les organisateurs ont ouvert l’accès aux balcons de l’amphithéâtre qui peut contenir 1 500 personnes. Certains ont fait la queue pendant près de deux heures.

Tous sont là pour le spectacle, le clou du congrès annuel du parti, qui ne s’achève que mercredi. Tous les ans, c’est la même chose, ils savent que Boris Johnson fera le show. Il les fera rire, sèmera son discours de phrases bien senties et d’autres incompréhensibles. C’est ce qui fait son charme et ce qui en effraye aussi certains.

Cette année, son discours avait un relief particulier. Boris Johnson a démissionné en juillet de son poste de ministre des Affaires étrangères et mène depuis une guerre sans merci à la Première ministre et à sa stratégie dans les négociations sur le Brexit. Il ne cache pas son ambition de la remplacer au plus vite. A ce titre, il a multiplié ces dernières semaines les critiques virulentes. Certains, au sein du parti conservateur, ont apprécié modérément ce qu’ils jugent être un acte de traîtrise alors que le pays se débat dans le cauchemar du Brexit.

En short dans un champ

Mais Boris Johnson ne peut pas s’en empêcher. En parallèle à ses interventions sérieuses, supposées lui tailler un costume de potentiel Premier ministre, il ne résiste jamais à une pitrerie. La veille de son discours, une photo de lui courant en short de bain dans un champ a été rendue publique.

La signification de la photo n'a échappé à personne. Il se payait la tête de Theresa May. Interpellée en 2016 sur ce qu'elle avait fait de «plus fou» dans sa vie, la Première ministre, fille d'un pasteur, avait répondu «avoir, petite fille, couru dans un champ de blé». Cette réponse lui avait alors valu un certain nombre de railleries.

Certains se demandaient si le discours de Boris Johnson serait celui du défi ultime, de l’appel à renverser Theresa May. Ils auront été déçus. Meilleur orateur de loin de tout le parti conservateur, Boris Johnson a déroulé un discours sans grande surprise, sans annonces spectaculaires et parfois même avec un manque de conviction évident.

Convaincu avant même de l’entendre, le public l’a applaudi régulièrement et a terminé par une brève ovation debout, mais l’étincelle de précédents discours semblait un peu voilée. Les militants conservateurs qui assistent au congrès annuel prennent souvent des jours de vacances et payent de leurs propres deniers leur inscription au congrès, leur voyage et leur chambre d’hôtel. Alors forcément, un discours de Boris Johnson fait partie des attractions courues de la semaine.

«Une tricherie»

Critique virulente du Labour et de Jeremy Corbyn, appel à des baisses d'impôts, à un renforcement des constructions de logements, à un retour des contrôles d'identité inopinés dans les rues (stop and search) – une politique que Theresa May avait critiquée en 2015, alors qu'elle était ministre de l'Intérieur –, Boris Johnson a coché toutes les bonnes cases pour plaire à son audience.

Mais les applaudissements les plus nourris ont été réservés à ses critiques du «plan de Chequers» de la Première ministre, sa proposition pour une future relation économique avec l'UE. Pour l'ancien maire de Londres, ce plan est «une tricherie» par rapport aux idéaux du Brexit, au «retour à la liberté», loin des «chaînes de la rue de la Loi à Bruxelles». Décidément, comparer l'Union européenne à une geôle devient très à la mode au sein du parti tory. Lundi, son successeur aux Affaires étrangères Jeremy Hunt avait comparé l'Union européenne à une prison soviétique.

A part un appel à «virer Chequers», Boris Johnson n'a proposé aucune solution alternative et a à peine mentionné la question de la frontière entre l'Irlande du Nord et la République d'Irlande, point le plus contentieux des négociations sur l'accord de retrait. Il a appelé les tories à «reprendre confiance en eux», mais lui-même semblait peu convaincu. Comme s'il avait senti que, ces derniers mois, son étoile au sein de l'opinion publique a pâli.

Selon un sondage récent, en cas d'élections générales, Theresa May serait mieux placée que lui pour battre Jeremy Corbyn. Du coup, dans les dernières minutes de son discours de trente-cinq minutes, Boris Johnson a même appelé du bout des lèvres «à soutenir Theresa May». Avant de s'échapper très rapidement de la scène. Comme s'il savait que son heure était peut-être passée.

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