La comparaison s'est imposée dès qu'ont commencé à se préciser les premiers détails de la fusillade qui a eu lieu mercredi, dans un lycée technique à Kertch, en Crimée : un «Columbine russe», en référence à la terrible tuerie survenue en 1999 dans l'école américaine. Vers midi, l'auteur présumé, Vladislav Rosliakov, 18 ans, étudiant en quatrième année, s'est présenté à l'entrée de l'établissement, armé d'un fusil à pompe et de deux sacs à dos chargés d'explosifs. «Se déplaçant de classe en classe, comme un combattant expérimenté des forces spéciales, il jetait d'abord une grenade artisanale dans la salle, avant d'entrer et de tirer sur les gens avec son fusil», écrit le quotidien russe Kommersant. Les secours et la police sont arrivés une dizaine de minutes après le début de l'attaque, au moment où Rosliakov pilonnait la cantine. Il est ensuite monté à l'étage, et s'est donné la mort dans la bibliothèque du lycée.
Selon les médias et le comité d'enquête, le jeune homme, issu d'une famille modeste, vivait seul avec sa mère, aide-soignante dans une clinique oncologique. Depuis 2015, c'était un élève boursier moyen de la spécialisation «Montage, ajustage et exploitation de l'appareillage électrique des bâtiments industriels et civils». Selon ses camarades de classe, il était «très renfermé, ne fréquentait quasiment personne et s'était retiré depuis longtemps des réseaux sociaux. Il s'intéressait aux maniaques». A ses 18 ans, au mois d'août, il s'est lancé dans l'obtention d'un permis pour un fusil de chasse, qu'il a obtenu en septembre. Il aurait ensuite dépensé 400 euros à l'armurerie locale pour se procurer un fusil à pompe et 250 cartouches, dont une partie aurait servi à des entraînements au tir. Une autre à fabriquer les explosifs à partir de recettes trouvées en ligne, suppose le quotidien russe.
Jeudi, le bilan s'est alourdi à 20 morts, dont 15 élèves et 5 employés, et 44 blessés. Parmi eux, 10 sont dans un état grave, voire critique. Le mobile du tueur reste inconnu. Les autorités avaient rapidement parlé de la piste terroriste, avant de se dédire. Sergueï Aksionov, le Premier ministre de Crimée, en annonçant trois jours de deuil dans la péninsule, a assuré que Rosliakov avait agi seul, en s'interrogeant sur ce qui avait pu le pousser à un tel geste inédit en Crimée : «Il a dû regarder des films»… En Russie, le seul cas d'une attaque à l'arme à feu par un élève contre son établissement remonte à 2014, à Moscou, quand un lycéen a tiré à la carabine sur un professeur, puis sur les policiers.




