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Libération

Malaisie : des Français détenus sans avocat

Publié le 26/10/2018 à 20h36

Le 24 septembre, cinq Français et deux autres étrangers, qui étudiaient le Coran dans l'Etat de Perlis, dans le nord de la Malaisie, sont arrêtés par la police malaisienne. Dans les médias locaux, les arrestations sont présentées comme un coup de filet «antiterroriste» contre des hommes «liés à l'Etat islamique», issus d'un «centre salafiste jihadiste». Pour autant, la police peine à justifier ce qui est reproché aux Européens, détenus dans le cadre de la loi Sosma sur la sécurité de l'Etat, héritée de l'ex-gouvernement autoritaire renversé démocratiquement en mai et qui permet une garde à vue de vingt-huit jours… sans avocat. Selon nos informations, aucun des cinq Français n'est sous le coup d'une procédure judiciaire du parquet de Paris, seul compétent sur les affaires de terrorisme. Interrogées par les journaux malaisiens, les autorités religieuses locales assurent que le centre de Perlis n'a aucun lien avec le terrorisme.

Le 11 octobre, l'affaire a viré au tragique. La police a décidé de retourner à Perlis, à plus de six heures de route de Kuala Lumpur, accompagnée de quatre des cinq détenus français, sans que l'on sache précisément pourquoi. Sur le chemin du retour, un pneu du van explose. Un des Français, Mickaël L., est gravement blessé dans l'accident et décède des suites de ses blessures dans un hôpital voisin. Les autres détenus ainsi que plusieurs policiers sont également blessés. Farida A. s'est rendue à Kuala Lumpur pour tenter de faire libérer son fils, Samir A : «Depuis l'accident, Samir est couvert de bleus, a les yeux rouges et les dents défoncées. On l'accuse de terrorisme alors qu'il a toujours dit que les attentats et la violence n'ont rien à voir avec l'islam. Mais on m'a expliqué qu'ici, ils ne veulent pas de musulmans étrangers sur le territoire», dénonce-t-elle, regrettant le manque d'accompagnement des autorités françaises.

«[Nos] services suivent la situation de nos ressortissants», indique de son côté le ministère des Affaires étrangères français à Libération. Même si aucune charge n'est finalement retenue contre eux, les quatre Français sont à l'heure actuelle retenus par les services d'immigration et devraient être expulsés du pays dans les jours qui viennent.

Selon le professeur Ahmad Farouk Musa, membre de l'Islamic Renaissance Front, un think tank malaisien spécialisé sur les questions religieuses, «le centre de Perlis dispense un enseignement salafiste littéraliste. Bien sûr, tous les salafistes littéralistes ne sont pas terroristes, mais presque tous les terroristes sont issus de cette école de pensée». La Malaisie a-t-elle soudain considéré que l'école coranique prêchait un discours trop rigoriste ? Un éditorialiste du Malay Mail avance une autre explication, bien plus prosaïque : les étrangers auraient fait les frais d'une querelle entre deux notables locaux, l'un des deux utilisant «de manière malléable la notion de terrorisme».

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