Le constat est brutal. Le Royaume-Uni «fonce vers un Brexit incohérent qui va nous laisser coincés dans une relation de subalterne à l'UE». Jo Johnson, qui avait fait campagne pour rester dans l'Union européenne, a démissionné ce vendredi de son poste de ministre des Transports. Après le référendum, il avait accepté de servir dans le gouvernement de Theresa May «pour essayer de faire du Brexit un succès». Dans un long texte sur le réseau social Medium, il explique avoir espéré que le gouvernement réussirait à «réunir notre pays, notre parti et, oui, ma famille aussi. A certains moments, j'ai cru que c'était possible».
Il n'y croit plus. Sa sœur Rachel, journaliste, est depuis le début en faveur du maintien au sein de l'UE et milite pour un second référendum. Il devrait bientôt la rejoindre puisqu'il estime désormais «impératif de retourner vers le peuple pour lui demander s'il est d'accord pour continuer sur cette base extraordinaire». Pour lui, le choix présenté aux Britanniques «n'est pas un choix. La première option, proposée par le gouvernement: un accord qui affaiblira économiquement notre pays, sans un mot à dire sur les règles de l'UE à venir, et des années d'incertitude pour le monde des affaires. La seconde option est un Brexit "sans accord" qui, je le sais, infligera un dommage inédit à notre nation». Pour l'ancien ministre, le désastre à venir est proche de «la crise de Suez», et le «pays se trouve au pied de sa plus grande crise depuis la Seconde Guerre mondiale».
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Cette démission, la quatorzième ministérielle en un an, est significative parce que plusieurs autres ministres au sein du gouvernement sont d'anciens remainers qui sont restés loyaux à Theresa May dans l'espoir de limiter les dégâts d'un Brexit brutal. Le fait que Jo Johnson signale aussi ouvertement son malaise face à la situation laisse supposer que d'autres ministres pourraient suivre son exemple.
Rumeur
Or, en démissionnant et en annonçant qu’il soutient désormais un second référendum sur l’accord que ramènera Theresa May de Bruxelles, Jo Johnson complique encore un peu plus la tâche de la Première ministre. Les rumeurs courent depuis quelques jours au Royaume-Uni sur l’imminence d’un accord de retrait de l’UE qui pourrait être annoncé la semaine prochaine. Mais, même si Theresa May arrive à faire adopter par son gouvernement un accord conclu avec l’UE, il lui faudra ensuite obtenir l’assentiment du Parlement. Or, l’arithmétique compliquée de la Chambre des communes ne garantit pas, loin de là, un vote en faveur de l’accord. Le petit parti unioniste d’Irlande du Nord, le DUP, qui, avec ses dix députés, complète la majorité de Theresa May, a annoncé vendredi soir qu’à l’heure actuelle, il ne votera pas pour l’accord de retrait.
Alors que Theresa May se trouve en France pour les commémorations du centenaire de la Première Guerre mondiale, Downing Street a réagi à la démission de Jo Johnson en affirmant qu'«un second référendum ne sera organisé sous aucune circonstance». L'ancien ministre des Affaires étrangères Boris Johnson, engagé depuis des mois dans une guérilla féroce contre Theresa May, a félicité son frère et estimé que tous deux étaient au moins unis dans leur «effarement» face à la manière de négocier de Theresa May.
Dans son texte de démission, Jo Johnson envoie un «message à mon frère et à tous les militants du "Leave". Infliger de tels dommages économiques et politiques au pays laissera une impression d'incompétence indélébile dans l'esprit du public». Le dîner familial de Noël est peut-être annulé.




