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Récit

Barcelone réclame justice pour une chienne assassinée

Mercredi, un policier municipal abattait en pleine rue Sota, le labrador d'un SDF. Sans raison, selon son maître. Des milliers de manifestants ont protesté samedi devant la mairie.

Des manifestants se sont réunis samedi devant la mairie de Barcelone pour protester contre la mort de la chienne Sota. (Photo Pau BARRENA. AFP)
Publié le 24/12/2018 à 15h29

Le flanc encore palpitant, une rigole de sang coulant à ses côtés: les images choquantes de l’agonie d’une chienne, en plein centre de Barcelone, au milieu des passants chargés de paquets-cadeaux, ont bouleversé des milliers d’internautes. Le matin du 18 décembre, Tauri Ruusalu se promenait sur la Gran Via, une avenue très fréquentée de la capitale catalane. Il se rendait place d’Espagne pour vendre les bracelets qu’il fabrique. Routard estonien de 27 ans, il vit dans la rue après avoir traversé, sac au dos, la moitié de l’Europe. A ses côtés, sa chienne Sota, labrador de 2 ans et demi, qui n’a jamais porté de laisse.

Une brigade de la Guardia Urbana (police municipale) arrête le jeune homme pour vérifier son identité. Un contrôle au faciès peut-être motivé par sa dégaine de «punk à chien». Barcelone a été toute la semaine dernière sous haute surveillance en raison des menaces de violences des indépendantistes radicaux contre le Conseil des ministres organisé vendredi dans la ville. Violences qui ont effectivement eu lieu.

Skate-board

Pour la suite des événements s’affrontent deux versions. Le jeune routard aurait proposé d’écrire lui-même ses nom et prénom, pour éviter toute faute d’orthographe. Ce que le policier aurait pris pour une insulte. Le ton montant, la chienne aurait aboyé puis posé ses pattes avant sur le bras de l’agent. Celui-ci dégaine son arme et vise la tête de l’animal, qui s’effondre. Dans la version policière, le chien aurait mordu le bras et fait un geste en direction de la gorge du fonctionnaire municipal. Ce qui réunit les conditions de la légitime défense.

Sur les images captées par les smartphones des passants, le chien gît sur le trottoir tandis que les agents maîtrisent le routard au sol, sur la chaussée. Il est accusé d'avoir frappé le tireur avec son skate-board. Le lendemain des faits, dans le quotidien El Pais, Tauri Ruusalu a livré sa version, après avoir porté plainte contre la Guardia Urbana au palais de justice. Sota, d'après lui, n'a jamais menacé ni mordu le policier. Habituée à se promener sans laisse et à jouer avec les enfants, elle n'a, selon lui, jamais mordu personne.

Image négative

La mairie dirigée par Ada Colau (gauche radicale) a pris au sérieux l'incident, et annoncé l'ouverture d'une enquête. Elle a qualifié la mort de Sota de «fait horrible» et lancé un appel à témoignages, en particulier aux commerçants, dont les caméras de télésurveillance auraient pu filmer la scène. La maire a aussi reçu les associations de défense des animaux dont le Pacma (Parti animaliste contre la maltraitance animale), qui a appelé à un rassemblement samedi place Sant Jaume, devant la mairie. 3500 personnes étaient présentes, et cinq arrestations ont eu lieu après des échauffourées.

La Guardia Urbana a une image très négative auprès des Barcelonais, et a donné de nombreux exemples de brutalité. La défiance de la population a atteint son point culminant en 2010 avec la diffusion du documentaire Ciutat Morta (ville morte), qui retraçait l'assaut donné par la police de la mairie, quatre ans auparavant, contre un immeuble squatté. Dans la bagarre un policier avait été grièvement blessé. Deux agents ont par la suite été condamnés pour tortures sur plusieurs suspects arrêtés, dont l'un, une jeune femme, s'était suicidé.

A six mois des élections municipales, Ada Colau a saisi l’occasion pour présenter son bilan en matière de respect de la vie animale: interdiction des corridas (en fait décidée par la région en 2010, bien avant son arrivée à la mairie), fin des calèches pour touristes traînées par des chevaux, création d’un espace chiens dans les plages de la ville et «contrôle éthique» de la prolifération des pigeons.

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