Trente-sept ans et trois mois après son évasion de la prison de Frosinone, Cesare Battisti est rentré lundi en Italie, où il doit purger une peine de prison à perpétuité pour faits de terrorisme : deux assassinats et complicité dans deux autres homicides. Il arrivait directement de Santa Cruz de la Sierra, en Bolivie, où il se cachait après avoir disparu, mi-décembre, du Brésil où il résidait depuis 2004. Sourire aux lèvres et sans menottes, cette figure des «années de plomb», 64 ans, a posé le pied vers 11 h 40 lundi sur le tarmac de l’aéroport romain de Ciampino, sous les objectifs d’une centaine de photographes. Il a été immédiatement emmené vers la prison de Rebibbia à Rome.
Moins de deux jours se sont écoulés entre son arrestation et son retour en Italie, et cette procédure expéditive suscite la polémique en Bolivie où le ministre de l'Intérieur, Carlos Romero, a précisé qu'il ne s'agissait pas d'une extradition, mais de la «sortie obligatoire» d'une personne en situation illégale. Battisti a été repéré par la police bolivienne et des enquêteurs italiens mandatés par Interpol, en partie grâce à la géolocalisation de téléphones de ses proches qu'il a utilisés pour se connecter sur les réseaux sociaux. Le 19 décembre, alors que Battisti était introuvable, l'agence de presse italienne Ansa rapportait les propos du juriste brésilien Walter Maierovitch, qui se disait persuadé que le terroriste s'était réfugié en Bolivie où il jouissait de la protection de Raúl Garcia Linera, le frère du vice-président. Dimanche, ce militant du Mas (Mouvement vers le socialisme, le parti du président Evo Morales) exprimait sa «honte» : «Pour la première fois, le régime a agi de façon contre-révolutionnaire. […] Les intérêts de l'Etat ont été placés au-dessus de la morale révolutionnaire.»
De nombreux soutiens du président de gauche ont critiqué la décision de renvoyer Battisti directement en Italie. Le groupe communiste Columna Sur, qui soutient Morales, a employé une rhétorique propre aux années 70 pour défendre Battisti : «On ne livre pas un camarade au fascisme, un camarade, ça se protège et se défend.» La formation affirme que l'Italien a été condamné dans son pays «sans la moindre preuve, pour l'assassinat de quatre personnes, dont trois fascistes».




