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Récit

Brexit : Les résidents européens doivent retaper à la porte

Depuis lundi, 3,5 millions de ressortissants de l’UE peuvent s’enregistrer pour obtenir le droit de rester au Royaume-Uni après le Brexit. Une procédure qui soulève beaucoup d’incertitudes.

Theresa May, lundi à Londres. (Photo Planet. Pix Zuma-Rea)
ParSonia Delesalle-Stolper
Correspondante à Londres
Publié le 21/01/2019 à 21h16

Petit à petit, la réalité du Brexit et ses conséquences prennent une allure concrète. Depuis lundi, les citoyens européens du Royaume-Uni peuvent entamer les démarches pour obtenir le droit d’y rester légalement après le Brexit. Le ministère britannique de l’Intérieur a lancé lundi la procédure d’enregistrement de quelque 3,5 millions d’Européens installés dans le pays, certains depuis quatre ou cinq ans, d’autres depuis vingt ou trente ans. Tous sont arrivés simplement, en prenant un ferry, un train ou un avion, parfois juste pour quelques mois. Beaucoup ont décidé de s’y installer, pour y construire leur vie ou pour une longue parenthèse. Mais une fois le Brexit entériné - en principe le 29 mars, sauf si l’article 50 est prolongé pour retarder la sortie de l’Union européenne -, ils seront désormais des habitants à part, au statut différent de leurs voisins. Ils seront toujours européens, mais les Britanniques ne le seront plus.

Alors dans le cadre du contrôle de cette immigration, qui a été au cœur du débat politique avant le référendum du 23 juin 2016 (et qui ne joue presque plus aucun rôle dans le débat actuel), les citoyens européens devront postuler pour demander l'obtention du «settled status». Ils devront l'obtenir pour avoir le droit de vivre et travailler légalement au Royaume-Uni une fois expirée la période de transition qui doit durer jusqu'à début 2021. Les premiers candidats ont payé 65 livres (73 euros) par personne pour lancer la procédure. Mais dans un revirement surprise, la Première ministre Theresa May a annoncé lundi devant la Chambre des Communes qu'elle supprimait ce tarif et que les citoyens européens pourront s'enregistrer gratuitement. «Ceux qui ont déjà payé seront remboursés», a-t-elle ajouté.

Reste qu’il s’agit de la première phase de «test» de cette procédure, longuement discutée pendant toute la durée des négociations avec l’Union européenne, qui devrait donc être ouverte complètement le 29 mars et le restera jusqu’au 30 juin 2021. Elle sera valable si un accord est finalement adopté par le Parlement britannique. Dans le cas contraire, la situation s’avère plus floue, même si le gouvernement de Theresa May a promis de garantir les droits des citoyens européens, quel que soit le scénario de sortie de l’UE.

Pour Nicolas Hatton, fondateur du groupe The 3 Million qui se bat pour représenter et préserver les droits des Européens au Royaume-Uni, le lancement très symbolique de cette procédure ne fait que renforcer «l'incertitude pour ces ressortissants européens alors que le pays continue d'errer dans le chaos le plus total». La vérité, dit-il encore, est que «nous n'avons toujours pas d'accord avec l'Union européenne sur nos droits après la sortie de l'UE. J'ai parlé à des milliers d'Européens depuis juin 2016, et il existe un véritable sentiment d'abandon et de trahison, qui ne sera pas consolé par la rigueur administrative du gouvernement britannique qui, au lieu d'organiser un enregistrement automatique, a préféré mettre en place une procédure de demande, qui peut être refusée dans certains cas, ce qui renforce l'anxiété des candidats».

En effet, pour se qualifier pour le settled status, un citoyen européen doit avoir vécu au moins cinq ans au Royaume-Uni, apporter une preuve d'identité, de résidence et ensuite télécharger une simple application sur son téléphone portable. Sauf que l'application ne peut pour le moment être téléchargée que sur des smartphones Android et pas sur des iPhones, qui représentent environ 50 % du marché… Pratique.

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