Les sirènes ont déchiré l’aube, dimanche à Brumadinho, semant la panique dans la ville du «quadrilatère ferreux» du Minas Gerais, située à 60 kilomètres de la capitale de cet Etat du sud-est du Brésil. Depuis la rupture, deux jours plus tôt, d’un barrage de résidus appartenant à la multinationale brésilienne Vale, parmi les cinq plus grands producteurs mondiaux de minerai de fer, la région est partiellement ensevelie sous une coulée de 12,7 millions de mètres cubes de déchets industriels.
Dimanche matin, Vale alertait les habitants du risque de rupture d'un deuxième de ses barrages où elle stocke ses rejets. Les équipes de secours ont dû interrompre leurs recherches, avant de les reprendre une fois le risque écarté. Le bilan provisoire est de 37 morts et plus de 250 disparus. Les chances de retrouver des survivants sont minimes. Quant à l'impact sur l'environnement et la santé, il est encore difficile à mesurer. «Parler de "boue" pour décrire le magma qui s'est déversé sur la région ne rend pas compte de sa réelle toxicité», alertait le journaliste spécialisé dans les questions environnementales André Trigueiro, évoquant un risque de contamination du São Francisco, long fleuve qui part du Minas Gerais et alimente jusqu'au Nordeste. «Ce n'est pas un accident, c'est un crime», gronde l'écologiste Marina Silva, ex-ministre de l'Environnement. «C'est inexcusable», a reconnu le PDG de Vale, Fabio Schvartsman. Ce fleuron de l'économie brésilienne est un récidiviste. Le 5 novembre 2015, son barrage de Mariana, dans la même région, cédait : ses 39 millions de m3 de boue s'étaient déversés sur 650 kilomètres, faisant 19 morts et détruisant maisons, champs et écosystèmes, avant de se jeter dans l'Atlantique… Les poursuites engagées n'ont toujours pas abouti et rien n'a été fait depuis pour garantir la sécurité des barrages de rejets industriels, malgré la pression des ONG.
Aujourd'hui, ces barrages sont bien trop proches des zones habitées. C'est le cas dans le Minas Gerais, où se trouvent plus de la moitié d'entre eux. Pour les experts, ce système d'entreposage, qui consiste à empiler les rejets, est obsolète. Mais les technologies plus modernes sont plus coûteuses. L'industrie ne prendrait même pas la peine de contrôler la stabilité de ces montagnes mouvantes. «Une entreprise comme Vale doit honorer des contrats conclus à l'avance», commente Maurício Ehrlich, professeur d'ingénierie géotechnique. «Les entreprises minières continuent de faire ce que bon leur semble, renchérit Carlos Barreira Martinez, professeur d'ingénierie hydrique. L'Etat laisse faire.»
Un effectif de 154 contrôleurs est chargé de surveiller les 24 000 barrages de tous types recensés dans le pays - moins de 60 % sont autorisés à opérer. Même le Parti des travailleurs (PT), qui a promis de «civiliser le capitalisme» et gouverné le Brésil de 2003 à 2016, n'y a rien changé. Cette tragédie vient contrarier les desseins du nouveau président brésilien Jair Bolsonaro (extrême droite), qui parlait d'accélérer les procédures d'octroi de permis pour les grands ouvrages, trop tatillonnes à son goût.




