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Libération

En Allemagne, la vitesse illimitée a de beaux restes

ParJohanna Luyssen
correspondante à Berlin
Publié le 31/01/2019 à 20h06

Chronique sur la vie, la vraie, vue d’Allemagne. Ce voisin qu’on croit connaître très bien mais qu’on comprend si mal.

Décidément, rien n’y fait : l’Allemagne se refuse encore et toujours à limiter la vitesse sur ses autoroutes. Et si pour les convaincre du bien-fondé d’une limitation vous évoquez deux arguments aussi légitimes que la sécurité routière et l’amélioration de la qualité de l’air, cela ne changera rien.

Lundi, le gouvernement refusait une proposition en ce sens, émise par une commission chargée de plancher sur les émissions de dioxyde de carbone. Non à une limitation de la vitesse à 130 km/h sur les Autobahnen, donc. Argument : «Ce n'est pas dans l'accord de coalition», dixit le porte-parole du gouvernement, Steffen Seibert. Le ministre fédéral des Transports, Andreas Scheuer (CSU, conservateurs), estime même que l'idée va «à l'encontre du sens commun».

Cette spécificité culturelle est difficile à comprendre pour qui n’est pas allemand. Personnellement, je me souviens d’avoir écarquillé les yeux en demandant à une Berlinoise son avis sur le sujet : elle qui n’a pourtant rien d’une trompe-la-mort m’a expliqué qu’elle était opposée à une limitation de vitesse, elle qui roule volontiers à 200 km/h sur l’autoroute…

Ceci dit, les temps changent. On observe d'abord que réduire la vitesse sur les autoroutes a de réels effets en matière de sécurité routière. Ainsi, dans le Land du Brandebourg, une portion de 62 km d'autoroute est passée à une limitation de vitesse à 130 km/h en 2002. Une étude s'est chargée d'analyser les effets de cette restriction. Le nombre d'accidents a été divisé par deux. Et puis, si le gouvernement reste inflexible, les mentalités changent peu à peu. Le patron de Volkswagen a évoqué le sujet sans le vouer aux gémonies. Et tout récemment, Johann Horn, à la tête du syndicat des métallos IG Metall en Bavière et membre du conseil de surveillance d'Audi, a lui aussi déclaré qu'il n'était pas réfractaire à la chose. Et même qu'il fallait «affronter le débat» car «chaque mort qui peut être évitée doit être évitée». Reste que les Allemands semblent partagés - avec une légère majorité en faveur d'une limitation. Un sondage diffusé la semaine dernière évoquait 51 % d'avis favorables, contre 47 % de réfractaires.

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