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Libération
Édito

Fanatisme identitaire

ParLaurent Joffrin
Directeur de la publication de Libération
Publié le 15/03/2019 à 20h36, mis à jour le 15/03/2019 à 20h46

Ils ont échappé, pour beaucoup, aux massacres du Moyen-Orient ou d’Asie, aux exactions des fanatiques dans leurs propres pays. Ils sont tombés, hommes, femmes ou enfants, sous les balles d’un autre fanatique, suprémaciste et raciste, alors qu’ils se croyaient en paix de l’autre côté du monde. Le cœur saigne en voyant ces réprouvés désignés comme des ennemis et fauchés par un autre tueur animé d’une autre haine. Nul ne fera l’amalgame, là pas plus qu’ailleurs, entre partis nationalistes et extrémistes violents. Les leaders de la droite identitaire, lancés dans un combat électoral, ont tous condamné la tuerie et rejeté la violence. Pourtant, une fois cette différence essentielle rappelée et soulignée, comment ne pas être frappé par le titre même du manifeste mis en ligne par le terroriste de Christchurch ? «Le grand remplacement», formule française, créée par un écrivain parisien, Renaud Camus. Comme on est interpellé par la rhétorique de l’invasion et de la décadence qui court dans ce texte disparate et obsessionnel, écho, à 18 000 kilomètres de distance, du pensum raciste d’Anders Breivik. Outrancières et fausses, certaines idées trop répandues, propagées sans contrôle sur les réseaux sociaux, contiennent une charge d’intolérance qui se change en violence quand des esprits exaltés s’en emparent. Avec cette absurdité supplémentaire : ce meurtre de masse a touché des musulmans qui forment à peine 1 % de la population néo-zélandaise, où les religions cohabitent sans heurts, mais où on a vu apparaître des émules de l’«alt-right» américaine. A force de montrer du doigt l’étranger comme une force menaçante et hostile, et même si l’on se cantonne à la fausse innocuité du débat intellectuel, on finit par attiser le fanatisme identitaire qui est un grand fléau de l’humanité. Les fidèles pacifiques des deux mosquées de Christchurch n’ont pas seulement été tués par une arme automatique. Ils ont succombé à la force autonome d’idées mortifères qu’on manie un peu partout, notamment dans les démocraties, avec une irresponsabilité dangereuse.

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