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Libération
Éditorial

Lutte

Publié le 25/03/2019 à 20h36

Pas de panique. En tout cas, pas encore. Autour du nouveau «péril chinois», les commentaires sont innombrables et les mises en garde horrifiques. Il faut dans ce contexte conserver le sens des proportions. Le PIB chinois est d’environ 11 000 milliards d’euros, celui de l’Union européenne de 18 000 milliards pour une population deux à trois fois moindre. Par tête d’habitant, il est de 7 000 euros en Chine et de plus de 35 000 en Europe. Autrement dit, économiquement parlant, la Chine ne distance pas l’Europe : elle rattrape ses concurrents, ce qui est certes remarquable mais différent. Pas de panique donc, mais une inquiétude. Grâce à une grande maîtrise technique, une stratégie unifiée et une main-d’œuvre disciplinée et bon marché, la Chine, en pleine expansion depuis qu’elle a adopté le régime du capitalisme autoritaire, peut devenir sous peu l’usine du monde. Et surtout, ses pratiques à l’exportation suscitent l’ire de ses concurrents : selon un plan mercantiliste, elle tend à s’emparer des technologies étrangères, s’affranchit de nombreuses normes et protège son marché intérieur. Dans cette lutte au couteau, à côté d’un gouvernement américain plus agressif, l’Union européenne joue les ravis de la crèche. Elle ouvre par exemple ses marchés publics à tout vent tandis que Pékin continue d’en faire des chasses gardées nationales. Le temps de la naïveté est-il passé ? Probablement : la Commission de Bruxelles vient de faire passer un texte, adopté par consensus, qui peut limiter l’offensive chinoise. Mais certains pays membres négocient de leur côté, rompant le front commun. Ce qui démontre une nouvelle fois l’utilité d’une Europe accordée. En matière de négociation commerciale, c’est un fait d’évidence : face aux géants de la planète, seule l’Union fait la force.

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