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Des journées mondiales comme s'il en pleuvait

Chaque jour ou presque de l'année a sa «journée mondiale», dont le nombre ne cesse de croître. Une inflation récente notamment alimentée par l'ONU, qui a labellisé plus de 150 «journées internationales».

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Publié le 27/03/2019 à 6h39

Ce mercredi 27 mars, l’information a pu échapper aux plus sagaces, c’est la journée mondiale du théâtre. Et la journée nationale du fromage, aussi. Lundi, c’était la journée mondiale contre la pub, samedi ce sera la journée mondiale des troubles bipolaires et dimanche celle de la sauvegarde des données informatiques.

Chaque jour ou presque de l'année a désormais sa «journée mondiale», plus ou moins connue. D'ailleurs, le site spécialisé journeesmondiales.com en recense bien plus que 365 : 504 journées en tout et pour tout, dont plus de 425 journées mondiales ou internationales, mais aussi des européennes ou nationales… Un concours Lépine de «la journée du» aux items parfois déroutants comme la journée mondiale sans pantalon (le 13 janvier), la journée internationale de la samba (le 2 décembre) ou la journée mondiale des astéroïdes (le 30 juin).

Mais l’affaire est en réalité tout à fait sérieuse. Si le demi-millier de journées recensées sur ce site de référence ne sont pas toutes très officielles ou répandues, l’ONU avalise 154 journées internationales en tous genres. Ces journées, pour certaines créées ailleurs mais «labélisées» par les Nations unies (notamment la journée internationale des droits des femmes du 8 mars), sont le plus souvent directement créées par l’ONU ou ses différentes agences comme l’Unesco. Elles sont pour la plupart votées et donc officiellement instituées lors des assemblées générales ordinaires des Nations unies, qui se tiennent tous les ans de septembre à décembre.

L'ONU prend la chose à cœur. «Les journées internationales servent à aborder des aspects essentiels de la vie humaine, des enjeux importants du monde ou de l'Histoire et à sensibiliser le public», peut-on lire sur son site. Surtout, on constate une très forte inflation récente. Si l'on entend de plus en plus parler des journées mondiales de tout et n'importe quoi, c'est aussi parce que l'ONU la première concourt à cette multiplication quasi incontrôlée. La première journée mondiale (celle «des Nations unies») a été instituée en 1947, et la barre des 10 n'a été dépassée qu'en 1972, celle des 20 en 1985. Au changement de siècle, on était déjà passé à 58. Mais il y a seulement treize ans, en 2006, on ne comptait encore que 78 journées internationales labélisées Nations unies, soit la moitié du total actuel. Dit autrement : le catalogue de l'ONU augmente de façon exponentielle.

Conséquence logique, l’universalité des thèmes choisis est de plus en plus discutable. La santé, l’abolition de l’esclavage, les droits de l’homme, l’enfance, l’alphabétisation, l’élimination de la discrimination raciale ou encore l’environnement : les plus anciennes journées instituées par l’ONU résonnent comme des évidences. La «promotion» 2018, un peu moins : la bicyclette, les envois de fonds familiaux, le parlementarisme et… l’éducation (ouf). Il y avait déjà eu la journée des PME en 2017, ou encore celle du yoga en 2014. Et alors que l’ajout de journées internationales n’a longtemps pas été un systématisme à chaque nouvelle assemblée générale de l’ONU, on en vote minimum trois de plus par an depuis 2009 – et carrément onze en 2017, douze en 2010. Alors vive le yoga, le théâtre, l’alphabétisation et les envois de fonds familiaux.

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