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Mali : un soldat français tué dans une nouvelle région d'activité de Barkhane

Le médecin militaire est mort après l'explosion d'une bombe artisanale contre son véhicule dans le Gourma.

Des soldats français de l'opération Barkhane au Mali, le 25 mars. (Photo Daphne Benoit. AFP)
ParPierre Alonso
avec AFP
Publié le 03/04/2019 à 17h05

Un soldat français a été tué mardi dans l’Est du Mali, où il était engagé dans le cadre de l’opération Barkhane. Le capitaine Marc Laycuras, médecin militaire de 30 ans, a succombé aux blessures infligées par l’explosion d’une bombe artisanale au passage de son véhicule blindé. Un autre soldat, également blessé, est actuellement soigné, ses jours ne sont pas en danger, selon l’état-major des armées.

Situation stabilisée

Depuis 2013 et le début de la guerre française au Mali, 24 militaires français sont morts. Les mines artisanales (IED selon l'acronyme anglais, pour improvised explosive device) constituent la principale menace. Elles sont parfois automatiques, se déclenchant quand un véhicule roule dessus, ou commandées à distance. Mardi, «aucun ennemi, aucune présence particulière n'ont été décelés» à proximité de l'explosion, et le véhicule ne roulait pas sur un axe important, a indiqué l'état-major.

La patrouille de reconnaissance se déroulait dans le Gourma, une nouvelle région d'activité pour les soldats de Barkhane. Elle se situe près de la frontière avec le Niger et le Burkina Faso, à l'ouest et au sud du fleuve Niger. Jusqu'ici, la France mettait l'accent sur l'autre rive, le long de la route nationale 20 et autour de Ménaka, principale ville du secteur. Selon le chef d'état-major des armées, le général François Lecointre, la situation y est désormais stabilisée : «A Ménaka, il y a un véritable retour des habitants, la réinstallation de l'Etat et le retour des forces maliennes, parce qu'ils pensent que l'ennemi est désormais à leur portée.» Les militaires français se sont particulièrement appuyés sur des groupes armés locaux pour chasser les jihadistes.

«Une question de fierté nationale»

L'ouest du fleuve en revanche demeure «une zone sanctuaire», d'après le commandant de l'opération Barkhane, Frédéric Blachon. L'armée française estime que plusieurs organisations terroristes s'y replient ou déploient : l'Etat islamique au Grand Sahara, la katiba Gourma qui est affiliée à la principale alliance jihadiste du Sahel ayant prêté allégeance à Al-Qaeda, ou encore le groupe Ansaroul Islam. Ce dernier est soupçonné de mener des attaques dans le nord du Burkina Faso voisin, faisant craindre une déstabilisation d'un nouvel Etat dans une région déjà passablement ébranlée. «Dans le Gourma, […] vous êtes en mesure d'apporter un appui au Burkina s'il venait à le souhaiter», justifie le général Blachon, cité par l'AFP.

Signe que cet engagement a vocation à durer, la force française est en train de s'y implanter dans les environs de Gossi. «Gossi doit devenir une base avancée permanente pour disposer d'une position qui sera une sorte de base d'assaut pour partir dans le Gourma», a expliqué à RFI le capitaine qui la commande. L'«extension» dans cette région a commencé au début de l'année 2019, mais n'a pas nécessité de renforts selon l'état-major des armées : «Les Fama [forces armées maliennes, ndlr] sont plus présentes dans le Gourma. Nous menons plus d'opérations avec elles.»

Pour l'heure, l'armée française ne s'installe pas plus à l'ouest, notamment dans la région de Mopti. «Le gouvernement malien a toujours fait savoir qu'il s'occupait de cette zone. C'est une question de fierté nationale», a dit à l'AFP un gradé français. Barkhane y mène néanmoins des opérations ponctuelles, comme ce raid en novembre visant le chef de la katiba Macina, Hamadou Kouffa. Jugé «probablement mort» après coup, il est depuis réapparu sur des vidéos de propagande. L'état-major estime maintenant «vraisemblable» qu'il s'en soit tiré, son corps n'avait pas été retrouvé. La Macina est aussi le théâtre de graves violences communautaires, nourries par une compétition pour la terre et les accusations de complicité avec les jihadistes. Fin mars, plus de 150 Peuls ont été massacrés dans le village d'Ogossagou, un «pogrom» comme le Mali n'en avait jamais connu.

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