Les 26 millions d’électeurs sud-africains sont appelés aux urnes ce mercredi pour élire les députés et les représentants d’assemblées provinciales. Un quart de siècle après les premières élections multiraciales de 1994, l’image de l’ancien mouvement de la lutte anti-apartheid, l’ANC, a été profondément endommagée. Les scandales de corruption et l’incapacité du gouvernement à redresser l’économie, ont érodé la confiance de la population. Mené par le nouveau président, Cyril Ramaphosa, le parti devrait néanmoins conserver sa majorité au Parlement. Selon un sondage Ipsos, l’ANC est crédité de 61 % des intentions de vote (62 % en 2014). Le Président, qui tient son mandat des députés, sera alors assuré d’être reconduit à la tête de l’Etat.
L’ANC profite d’une machine électorale bien rodée, d’un soutien important auprès des chefs traditionnels dans les campagnes, et d’une opposition qui peine encore à convaincre massivement. Privé de son argument majeur avec le départ de Jacob Zuma en février 2018, et fragilisé par des divisions internes, le principal parti d’opposition, l’Alliance démocratique (DA, 22 % des voix en 2014), risque de voir sa position s’effriter. Julius Malema et son parti radical, les Combattants pour la liberté économique (EFF), séduit parmi les jeunes, les laissés-pour-compte et une partie militante de la classe moyenne noire. Il pourrait franchir la barre des 10 % et s’imposer comme la force montante de la scène politique sud-africaine, mais sa rhétorique populiste effraie aussi une partie de l’électorat.
Jacob Zuma incarnait, aux yeux de beaucoup, tout ce qui n'allait pas au sein de l'ANC. Avec sa démission, et l'élection de Cyril Ramaphosa à la tête du parti, celui-ci devrait éviter le désastre. «Il sera néanmoins intéressant de voir quel sera le taux d'abstention, estime Sithembile Mbete, maître de conférences à l'Université de Pretoria. Ce sera une bonne indication de la perception, notamment parmi les jeunes, de la capacité de l'ANC à répondre aux attentes de la population.»
A l’issue de ce vote, c’est au sein de l’ANC qu’un nouveau rapport de force se jouera, entre les partisans d’un statu quo dont ils bénéficient, et ceux qui suivent le chef de l’Etat dans sa volonté de restaurer la confiance des citoyens et des investisseurs. Une victoire confortable ne sauvera ni le parti ni le pays. Elle donnerait juste un peu plus de marge de manœuvre à Cyril Ramaphosa pour tenter d’imposer des réformes.




