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Libération
Éditorial

Sophismes

ParLaurent Joffrin
Directeur de la publication de Libération
Publié le 10/05/2019 à 20h36

Macronus bis repetita placent : Macron aime la répétition. Le rôle de rempart contre le RN a si bien profité au mouvement En marche qu'il ne s'en lasse pas. Certes, tout n'est pas faux dans cette réitération. Sur le plan national, un RN premier parti de France ferait oublier sa défaite à la présidentielle et la période de pain noir subséquente. A l'échelle européenne, toute progression des partis nationalistes fragilise l'Union. Mais il y a aussi dans ce leitmotiv beaucoup de sophismes. Les nationalistes, justement, ont fort peu de chances, pour ne pas dire aucune, de contrôler le Parlement européen, même en cas de progression notable dans tel ou tel pays. Et surtout, pour s'opposer au Rassemblement national, il y a d'autres cartes qu'En marche. Il s'agit d'un scrutin proportionnel : tout bulletin qui se porte sur un parti proeuropéen (LR, PS-PP, EE-LV…) est un bulletin en faveur de l'Europe, ni plus ni moins que celui de LREM. La logique du «vote utile» ne joue pas, puisque pour être utile à l'Europe, il suffit de ne pas voter pour un parti nationaliste. Situation différente, donc, de celle qui prévalait à la présidentielle, où le bulletin qui manquait à l'un profitait à l'autre. Le tête-à-tête Macron-Le Pen a enfin un défaut majeur : il occulte tout débat sur la nature de l'Union. Europe libérale ? Sociale ? Fédérale ? Verte ou très verte ? Europe-puissance ou Europe-marché ? Telles sont les vraies questions, dès lors qu'on souhaite maintenir le principe d'une Union, ce qui est le cas des deux tiers des Français selon toutes les enquêtes. Pour intéresser l'opinion, il ne suffit pas d'un choix binaire : maintien ou dissolution. Il faut un bilan sérieux, des projets de réforme, une stratégie pour l'avenir, un rappel des valeurs communes, une idée de la coalition future au Parlement. Toutes choses que le couple des meilleurs ennemis LREM-RN tend à occulter.

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