L'association des familles de victimes de l'EI, nouvellement constituée, était à Paris mardi pour témoigner lors d'une conférence de presse organisée par Human Rights Watch (HRW) et réclamer à la coalition internationale, qui a mis fin au «califat» en mars, des informations sur le sort de leurs proches disparus. Les familles avaient d'abord espéré des nouvelles lorsque les jihadistes ont été totalement chassés de Raqqa, en octobre 2017, en vain. Elles ont attendu que les forces appuyées par la coalition internationale progressent dans leur conquête des autres territoires du «califat», jusqu'à la chute finale d'Al-Baghouz. «On a espéré, après tant d'années, obtenir des informations quand les prisons de Daech ont été trouvées. Mais personne ne se préoccupe du sort de nos proches», dit Khalil Haj Saleh, président de la nouvelle association, dont le frère Firas a été enlevé en juillet 2013.
Selon les estimations des ONG, plus de 8 000 personnes ont disparu dès 2013 dans les vastes territoires du nord de la Syrie contrôlés par l'EI. Il s'agit essentiellement de jeunes militants, «les premiers à œuvrer pour la liberté, la démocratie et la justice en Syrie» rappellent leurs proches.«Il est important de mobiliser aujourd'hui sur les prisonniers de Daech parce qu'on peut demander des comptes aux pays de la coalition internationale et aux Forces démocratiques syriennes [FDS, ndlr] qui contrôlent le terrain», dit l'avocat Anwar al-Buni, défenseur historique des droits humains.
Or, pour le moment, ni les uns ni les autres ne semblent vouloir se préoccuper du sort des victimes syriennes. Ainsi, dans les nombreux charniers que l'on a découverts dans les zones occupées par Daech, les corps de prisonniers, de victimes civiles des bombardements de la coalition et même de combattants jihadistes, sont tous mêlés. Ils seraient transférés par les FDS pour être enterrés ailleurs sans être identifiés. «Les charniers peuvent révéler énormément d'informations sur les victimes comme sur les bourreaux», affirme Anwar al-Buni. Et l'avocat d'appeler les pays de la coalition à fournir des moyens - médecins légistes, experts - nécessaires pour identifier les corps et prévenir la destruction des preuves.
Lundi, les familles syriennes ont reçu au Quai d'Orsay un «accueil encourageant de la part des diplomates français», a annoncé Khalil Haj Saleh. «Maintenant que la bataille territoriale est finie, la coalition doit s'attaquer au terrible héritage de l'EI, fait valoir Nadim Houry, de HRW. C'est une responsabilité morale et juridique.»




