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Libération

En Estonie, Le Pen et ses bons amis

Publié le 16/05/2019 à 20h26, mis à jour le 16/05/2019 à 20h26

«Marine Le Pen ne pouvait pas ne pas savoir qui était précisément Ruuben Kaalep», le jeune membre du parti estonien Ekre, avec qui la dirigeante d'extrême droite a été photographiée reproduisant (à son insu, dit-elle) un signe des suprémacistes blancs, estime Jean-Yves Camus, politologue spécialiste des droites radicales. «Ou alors son conseiller international a complètement manqué de vigilance, poursuit-il. Quoi qu'il en soit, il s'agit d'un gigantesque loupé.»

La cheffe du Rassemblement national achevait cette semaine une tournée en Europe auprès de plusieurs partis nationalistes, avec lesquels sa formation - mais aussi la Ligue de Matteo Salvini - espère faire alliance au Parlement européen. Les deux leaders organisent samedi à Milan un meeting pour présenter les traits de leur future «grande coalition» des extrêmes droites.

Dans cette optique, Marine Le Pen s'est rendue mardi en Estonie pour rencontrer des membres du Parti populaire conservateur (Ekre), dont son président, Mart Helme, et sa tête de liste, Jaak Madison. Ekre n'est pas exactement la soupe d'un RN «dédiabolisé» : europhile et ethno-nationaliste, il est aussi ouvertement antisémite, homophobe et violemment antirusse.

Mais ses membres, proches des Polonais du PiS, pourraient peser sur la venue éventuelle de la formation dans le futur groupe. Depuis les dernières législatives, où Ekre a obtenu 17,8 % des suffrages, le parti est entré au gouvernement. Il s’agit d’un gage de respectabilité, selon Marine Le Pen.

Ou presque : Martin Helme est aussi un adepte de la théorie du grand remplacement, cette «idée» chère à l'extrême droite sur la supposée substitution de la population «de souche» par les immigrés extra-européens. Il est aussi un défenseur acharné de la «nation blanche», explique le Point .

Mardi, la visite de la présidente du RN s'est achevée par une polémique, après qu'elle a accepté de poser pour un selfie avec une figure de l'extrême droite locale : Ruuben Kaalep, chef de la branche jeunes de Ekre, Sinine Aratus (que l'on pourrait traduire par «réveil bleu»).

Sur le cliché, posté initialement sur la page Facebook de Kaalep mais supprimé depuis, on peut le voir en compagnie de Marine Le Pen, tout sourire, les deux la main tournée vers l'objectif, l'index et le pouce joints formant un cercle. Un geste utilisé par plusieurs personnalités d'extrême droite pendant la campagne de Donald Trump. Interrogée au sujet de l'image, désastreuse à onze jours des élections, Le Pen a affirmé qu'elle ignorait l'autre signification de cette mimique qui est, a-t-elle dit, «un geste de plongeur qui veut dire OK».

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