Les organisateurs et les hôtes israéliens de l'Eurovision rêvaient d'une finale «sans politique» - c'est-à-dire sans mention des Palestiniens. Mais inévitablement, la question du conflit, ou du moins sa manifestation visible à travers l'étendard palestinien, a trouvé un chemin vers les écrans des fans de kitsch XXL, samedi soir à Tel-Aviv. Ironie de l'histoire, c'est par Madonna, star-trophée conviée à grands frais, que la polémique s'est invitée en mondovision à la fin du concours, remportée par les Pays-Bas. Lors de la performance de la Ciccone, deux danseurs se sont enlacés dos au public, exhibant deux dossards, l'un israélien, l'autre palestinien.
Un appel à la coexistence qui n'a globalement satisfait personne. Ni les militants proboycott, y voyant de la «naïveté» et un pur geste d'affichage. Ni les officiels de l'Eurovision, qui ont promptement dégainé un communiqué expliquant que ces «éléments de la prestation n'étaient pas présents lors des répétitions, ni validés par l'organisation et le diffuseur [israélien] Kan.» Et d'enfoncer le clou : «L'Eurovision est un événement apolitique et Madonna en avait été informée.» «Avec tout le respect dû à Madonna», la très nationaliste ministre de la Culture, Miri Regev, a qualifié dimanche le happening d'«erreur», arguant que l'«on ne peut pas mélanger la politique à un événement culturel».
La chanteuse américaine n'a pas été la seule à transgresser les consignes officielles. Le groupe islandais Hatari, qui n'avait jamais caché ses vues sur l'occupation de la Cisjordanie (qualifiée de situation «d'apartheid» en amont de la compétition), a déployé des écharpes palestiniennes au moment de distribuer ses points.




