Pour le Président, Ali Bongo, Lee White est l’homme de la situation. Le seul capable de réaffirmer la capacité du Gabon à sauvegarder ses forêts (89% du territoire), après que son prédécesseur Guy-Bertrand Mapangou a été limogé en même temps que le vice-président Pierre Claver Maganga Moussavou le 21 mai, après le «kévazingogate» : un scandale déclenché par la découverte, dans deux sites d’entrepôt chinois de la capitale Libreville, de près de 5 000 mètres cubes de kévazingo, un bois rare dont l’exploitation est interdite. C’est donc Lee White, Britannique naturalisé gabonais en 2008, qui a été nommé ministre des Forêts, de la Mer et de l’Environnement lors du remaniement du 10 juin. Or malgré son dévouement à la cause environnementale, sa capacité à assurer la protection des forêts fait d’ores et déjà polémique.
Parcs nationaux
Jusqu'ici directeur de l'Agence nationale des parcs nationaux (ANPN), poste qu'il occupe depuis dix ans, Lee White a bâti sa carrière sur ses convictions écologiques. C'est en 1989 qu'il pose pour la première fois ses valises au Gabon pour étudier, dans le cadre de son doctorat de zoologie, les effets de l'exploitation forestière sur la faune et la flore de la réserve de la Lopé-Okanga. Trois ans plus tard, son diplôme en poche, il intègre la branche gabonaise de l'ONG américaine Wildlife Conservation Society dont il prend la tête entre 1997 et 2008.
Proximité avec le pouvoir
Pendant cette période, ce Britannique s'est rapproché du président Omar Bongo – père de l'actuel chef de l'Etat – dont il devient le conseiller sur les questions liées aux changements climatiques, aux parcs nationaux et à l'écotourisme. Or c'est cette proximité avec le pouvoir que regrette aujourd'hui Marc Ona, président de l'association Brainforest. «Personne n'est contre Lee White, mais nous lui reprochons de refuser d'associer les experts à ses décisions. Il se contente d'appliquer les ordres du président de la République», dit-il à Libération.
Selon cet opposant politique, membre du collectif Appel à agir créé après l'accident vasculaire cérébral d'Ali Bongo, «les parcs nationaux étaient devenus son "business personnel". Il les gérait comme une affaire privée». Alors qu'il aurait fallu, selon lui, «réunir tous les acteurs de la forêt et de l'environnement autour d'une table pour définir une politique à mettre en place». Le pays compte 21 millions d'hectares de forêt.
D'autant que les résultats escomptés n'ont pas été atteints. «En 2014, un rapport a constaté le massacre de 14 000 éléphants en dix ans dans le parc national de Minkébé, déplore Marc Ona. Chaque année, les gardes forestiers sont impliqués dans des scandales. Certains se révèlent même complices des braconniers.» Visiblement, l'action de Lee White à la tête de l'ANPN n'a pas réussi à endiguer ce fléau.
«Sous la direction de Lee White, nous avons réussi à entreprendre une révision du code forestier [toujours en cours, ndlr] pour alourdir les peines sanctionnant la criminalité envers la faune et la flore sauvages, qui devraient passer d'un maximum de six mois de prison et 10 millions de FCFA à cinq ans d'emprisonnement et 200 millions de FCFA», reprend Flore Koumba Pambo. Mais Marc Ona, le président de Brainforest, reproche aussi au nouveau ministre le retard pris par le plan national d'affectation des terres, censé répartir le territoire entre les zones protégées et celles dédiées à l'exploitation minière et agricole.