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Libération
Édito

Poudrière

ParLaurent Joffrin
Directeur de la publication de Libération
Publié le 26/06/2019 à 20h56

L’ennui avec les fous, dont le délire est parfois distrayant, c’est qu’ils peuvent passer à l’acte. Leurs décisions aboutissent alors à des situations tout aussi folles. Ainsi de Donald Trump, ce Folamour peroxydé qui se promène depuis des mois dans la poudrière du Moyen-Orient avec une torche. Point de bons et de méchants dans cet affrontement Iran-Etats-Unis. Le régime obscurantiste de Téhéran maintient son peuple sous une chape intégriste et attise les conflits dans la région. Mais à moins d’envoyer des divisions blindées à Téhéran, il faut bien faire avec. C’est ainsi que des personnages aussi naïfs et irresponsables qu’Angela Merkel, François Hollande ou Barack Obama avaient négocié au couteau un accord nucléaire aux termes duquel l’Iran renonçait à se doter de l’arme atomique en échange d’une levée des sanctions. Contrôlé par des instances internationales crédibles, cet accord avait été respecté par l’Iran jusqu’à une date récente. Arrive Trump, qui déchire le traité et prescrit à ses alliés de se ranger derrière lui pour sanctionner une nouvelle fois l’Iran. S’ensuit une escalade verbale, puis militaire, qui porte à son maximum la tension dans une région déjà déchirée par les conflits. Avec quelles conséquences ? Un affaiblissement de la partie modérée du pouvoir iranien, un cadeau politique offert aux plus fanatiques des mollahs, une montée aux extrêmes dans l’insulte et la dénonciation qui rend de plus en plus difficile la recherche d’un compromis. Et désormais un risque de guerre, dont Trump lui-même envisage froidement l’éclatement en promettant qu’elle sera courte. En temps ordinaires, on soigne les déséquilibrés ou, à défaut, on les isole. Mais celui-là est aussi le chef de la première armée du monde. Irrationnel, il peut encore changer trois fois d’avis et choisir la désescalade. Mais il vitupère sur un volcan.

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