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Libération
Éditorial

Dignité

Publié le 28/06/2019 à 20h46

Au début, il y a la révolte, brute, élémentaire, instinctive, contre une injustice manifeste. Une énième descente de police contre un bar gay à New York, une protestation, des bagarres, une émeute, un mouvement spontané contre le préjugé ancestral inscrit dans les lois et les mœurs, qui soumet les homosexuels à une tyrannie du quotidien, avec son cortège de moqueries, de mépris, d’agressions ou de condamnations moyen-âgeuses. Aussitôt on se récrie : une lutte minoritaire, marginale, subalterne, identitaire, qui débouche, dit-on en roulant les yeux, sur un nouveau communautarisme. Puis, peu à peu, la dignité prend ses droits, la fierté s’installe dans les villes, dans les rues, dans la vie, au grand jour. Une longue marche de l’identité ? Pas seulement. Quand on est réprimé pour ce qu’on est, on trouve dans l’identité le moteur de sa révolte. Mais on se rattache aussitôt aux principes. Les démocraties ont inscrit au fronton de leurs édifices publics les principes d’égalité et de liberté. Ils furent d’abord réservés aux hommes blancs hétérosexuels. Mais le ver était dans le fruit politique. L’égalité vaut pour tous, si bien que tous, seraient-ils différents et minoritaires, peuvent s’en réclamer. Le mouvement LGBT+ né à Stonewall n’a jamais revendiqué de droits spéciaux : seulement la mise en cohérence des principes fondateurs avec la pratique quotidienne, c’est-à-dire l’égalité pour tous et toutes dans la vie comme dans les lois. Il n’y a pas plus républicain et universaliste que ces minorités particulières. Sous cet angle, elles sont même faites de citoyens et de citoyennes d’élite, qui poussent à son terme logique la promesse démocratique, qui luttent sans cesse pour que tombent les dernières barrières de l’émancipation, toujours fragile, toujours menacée (combien d’agressions homophobes encore répertoriées ?) Cela s’appelle la lutte, la vigilance, l’exigence. En un mot, le progrès.

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