La nouvelle Commission européenne mettra-t-elle (enfin) les enjeux environnementaux au cœur de son action ? En attendant la confirmation de la nomination d’Ursula von der Leyen à sa tête et la désignation du collège des commissaires, les eurodéputés prennent les devants. Pascal Canfin, figure écologiste de LREM et ex-directeur du WWF France, a été élu mercredi à la tête de la commission Envi, le groupe chargé des questions d’environnement et de climat, de santé publique et de sécurité alimentaire.
Avec Canfin, ils seront 76 eurodéputés à y siéger, contre 69 dans le Parlement sortant. Ce qui en fait pour la première fois la plus importante des commissions, détrônant celle des Affaires étrangères. «Ce n'est pas qu'un enjeu symbolique. Il existe un rapport étroit entre l'effectif d'une commission et l'importance qu'on lui accorde», explique le politologue Olivier Costa. Logiquement, plus une commission comporte de membres, plus elle peut abattre de travail législatif. Sur la période 2014-2019, la commission Envi avait déjà été la plus active en termes de production législative. «Lorsqu'un projet de directive arrive de la Commission, le président du Parlement décide quelle commission doit s'en saisir sur le fond. Par exemple, un texte sur le glyphosate peut être envoyé à la commission agriculture ou environnement, et le résultat sera très différent. Avoir un nombre de membres élevé permet d'obtenir plus de textes», complète Costa.
Contrairement au vote pour les partis écologistes, resté concentré en Europe du Nord et de l’Ouest, la participation à la commission environnement concerne presque tous les pays : seuls les représentants de l’Estonie, de la Lettonie, de la Bulgarie et de Chypre manquent à l’appel. Politiquement aussi, la commission est très diverse. Tous les groupes y siègent, chacun ayant envoyé une délégation correspondant environ à 10 % du total de ses eurodéputés, même Identité et démocratie, la formation du RN.
Si lors de la précédente législature Envi a entre autres porté les directives sur la réduction d'émissions de CO2 des voitures ou sur la fin des plastiques à usage unique, son nouvel agenda est encore assez flou. «Ça va dépendre des propositions législatives de la Commission», rappelle Wendel Trio, directeur du Réseau Action Climat Europe.
Pour aller plus loin, les eurodéputés de la gauche radicale ont proposé de mettre en place, en plus d'Envi, un groupe parlementaire spécial dédié à l'urgence climatique. «C'est un moyen de mettre un sujet à l'agenda, une stratégie pour contraindre la Commission à se saisir du dossier», explique Costa. Première étape la semaine prochaine, quand la conférence des présidents de groupe dira si elle est favorable ou non à la création de cette commission spéciale.




