Comme Dieu le père envoyant son fils sur Terre, le très pieux Jair Messias Bolsonaro, président d'extrême droite du Brésil, s'apprête à nommer son fils Eduardo ambassadeur à Washington. Il l'a révélé jeudi à Brasília lors d'une rencontre avec la presse. Actuellement député, Eduardo Bolsonaro «est un ami des enfants de Donald Trump, parle anglais, espagnol, et a une très large expérience dans le monde. A mon avis, il pourrait parfaitement s'occuper du travail à Washington», a déclaré le Président en fonction depuis six mois. Cependant, la décision revient à son fils, a-t-il dit, car pour diriger l'ambassade aux Etats-Unis, il devrait abandonner son mandat de députés. Sa nomination serait également soumise à l'approbation du Sénat.
La loi brésilienne fixe une autre condition pour devenir ambassadeur : avoir 35 ans révolus. C’est justement l’âge d’Eduardo depuis mercredi : le papa n’a pas perdu de temps. Il est le plus jeune des trois fils du premier lit du président, tous impliqués en politique. Les enfants suivants n’ont pas encore de rôle officiel : Renan, 21 ans, surnommé Bolsokid sur les réseaux sociaux où il est très présent, et Laura, qui n’a que 8 ans.
Dans le bureau ovale
Eduardo Bolsonaro indique n'avoir pas reçu pour l'heure de proposition officielle de déménagement à Washington, mais a affirmé : «Si le Président me confie cette mission, je serais prêt à démissionner de mon mandat.» Et d'énumérer : «Je parle anglais, je parle espagnol, j'ai été élu avec un nombre de suffrages record, je suis président de la commission des relations étrangères à la Chambre des députés… Je pense que mes titres et mes compétences me donnent une certaine qualification.» Le fils a en outre accompagné son père lors de sa visite officielle aux Etats-Unis en mars. À cette occasion, il était le seul représentant brésilien admis avec son père à la rencontre privée avec Donald Trump dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche. Le ministre brésilien des Affaires étrangères, Ernesto Araújo, n'a pas eu cet honneur.
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La nomination d'ambassadeurs selon des logiques de népotisme ou de copinage n'est pas l'apanage du Brésil. En 1981, Ronald Reagan provoquait la stupeur en désignant son vieil ami l'acteur à la retraite John Gavin comme ambassadeur à Mexico. En France, Nicolas Sarkozy envoie en 2009 comme ambassadeur à Asmara (Erythrée) son ami le journaliste et espion Roger Auque. Plus près de nous, en août 2018, la tentative de nommer consul à Los Angeles le romancier Philippe Besson, auteur d'un panégyrique des époux Macron, avait échoué. Saisi par la CFDT, le Conseil d'Etat a annulé en mars le polémique décret présidentiel, rappelant au passage qu'il faut passer par les concours d'agent diplomatique et consulaire pour pouvoir prétendre à un poste de consul ou de consul général. N'est pas Saint-John Perse (diplomate et prix Nobel de littérature) qui veut.




