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Libération
édito

Appel d’air

Publié le 16/08/2019 à 21h06

«Personne n'a la responsabilité de tout faire, mais chacun doit accomplir quelque chose», a pu écrire Henry David Thoreau, philosophe anti-esclavagiste, naturaliste et premier théoricien de la Désobéissance civile dans son ouvrage publié il y a 170 ans. Précisément ce qu'entendent mettre en musique les écowarriors non violents d'Extinction Rebellion, pour qui une masse critique de militants peut faire barrage à la fatalité des impuissants. Créer de la «contestation sociale» pour susciter «un débat public», comme l'explique dans nos colonnes Roger Hallam, cofondateur du mouvement made in UK. Et tenter de combler, à l'instar du mouvement des jeunes pour le climat, le fossé qui existe entre les paroles et les actions politiques, si abyssal aujourd'hui qu'il emprunte la voie d'un suicide civilisationnel collectif. Une forme de résistance à l'air du temps dérégulateur émerge. Une nouvelle radicalité stratégique et environnementale prospère vitesse grand V. Il faut y voir une bouffée d'espoir au milieu d'une vague de rapports, d'études et de reportages qui démontrent un emballement climatique plus rapide que prévu. Face à la perspective d'un point de non-retour d'ici à 2030, d'un effondrement écologique qui touche désormais bien au-delà du petit cercle des collapsologues et de l'obscurantisme des climato-réactionnaires, ce réveil citoyen tient du salutaire appel d'air. Et donne à espérer, alors qu'une enquête publiée cette semaine dans Nature Communications rappelle que les négationnistes du changement climatique ont bénéficié, depuis le nouveau millénaire, d'une visibilité médiatique supérieure aux scientifiques qui le documentent. Du coup, les saillies de dinosaures de droite et de lampistes de la fachosphère traquant la jeune activiste suédoise Greta Thunberg font figure d'un tel anachronisme qu'elles prêtent à sourire.

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