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Libération
Éditorial

Echange civilisé

Publié le 25/08/2019 à 20h56

Le multilatéralisme, cette méthode rationnelle de gestion des crises, est-il mort ? On pouvait le craindre avant ce G7 biarrot où la petite France risquait de jouer le rôle d’une hôtesse impuissante à prévenir les horions et les noms d’oiseaux que des convives forts en gueule s’apprêtaient à échanger autour de la table. Sur sept participants, en effet, quatre se réclament d’un nationalisme affirmé, Trump et Johnson au premier chef, Abe et Conte sur un mode plus discret. Qu’en est-il après cette longue journée de discussions ? Emmanuel Macron, pour l’instant, à force d’activisme, de déclarations répétées, de palabres incessantes, a limité les dégâts. Certes le G7 est d’abord un jeu de miroirs où chaque dirigeant conforte son image internationale en s’affichant avec les autres puissants de la Terre, dans un exercice bien réglé de showbiz diplomatique. Certes il réunit sept pays riches dont l’ancienne prédominance est désormais contestée par la montée des nations émergentes, Chine, Russie, Brésil ou Inde. Et pourtant… Ces discussions informelles permettent de lever certains malentendus et, surtout, d’obliger les souverainistes à un échange civilisé, au moins le temps d’un long week-end. Elles ont surtout, cette fois-ci, débouché - on l’espère du moins - sur des avancées concrètes : une aide pour l’Amazonie, un début d’armistice commercial en dépit des coups de boutoir trumpiens, une esquisse de projet de compromis dans l’affaire iranienne, qui menaçait ces dernières semaines de dégénérer en affrontement armé au milieu d’une poudrière. On dira que c’est peu de chose, que les tensions mondiales demeurent, que tout cela s’est passé sous le signe d’une hypocrisie trompeuse. Mais il n’y a pas de diplomatie sans une dose d’hypocrisie, laquelle, rappelons-le, est l’hommage du vice à la vertu.

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