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Libération
Éditorial

Raideur

Publié le 16/09/2019 à 20h51

Quand on promène une torche dans une poudrière, il ne faut pas s’étonner qu’il y ait un jour une explosion. Cette torche, c’est celle que Donald Trump a brandie dès son entrée en fonction et qui a consisté à tenir pour nuls les fragiles équilibres entre puissances patiemment organisés par son prédécesseur. Au terme d’une minutieuse négociation, Obama et ses homologues de l’UE avaient réussi à obtenir des mollahs un accord qui limitait le risque de voir l’Iran se doter de l’arme nucléaire. Depuis toujours, du haut de sa tour new-yorkaise, le milliardaire autopromu spécialiste de géopolitique tenait cet accord pour un aplatissement lamentable devant le régime de Téhéran. Arrivé au pouvoir, il s’est donc empressé de le casser. Le «maître du deal» se faisait fort d’amener l’Iran à résipiscence en lui infligeant une nouvelle série de sanctions. Mais l’immobilier et la politique moyen-orientale sont deux choses différentes. Pour l’instant, la raideur trumpienne a surtout encouragé les plus extrêmes des factions qui gouvernent l’Iran. Il est probable que l’attaque qui a frappé les installations d’Aramco, le géant saoudien du pétrole, soit l’aboutissement indirect de ce regain de tension. Non que l’Iran, régime obscurantiste, répressif et agressif, puisse se présenter en victime. Son action pernicieuse a également pour effet de déstabiliser systématiquement une zone de la planète traversée de conflits, dont dépend de surcroît une grande partie de l’approvisionnement du monde en pétrole. Confronté à cette situation, le président américain, Tartarin déconfit, hésite sur la conduite à tenir. Il faut espérer que son goût de l’escalade soit purement verbal et que sa réplique, probable, soit cette fois soigneusement mesurée.

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