Donald Trump a-t-il fait à un dirigeant étranger une promesse déplacée, ou simplement fanfaronné, comme cela lui arrive souvent ? La Maison Blanche cherche-t-elle à étouffer un scandale, ou défend-elle légitimement les prérogatives du Président ? Quant aux démocrates de la Chambre, jouent-ils leur rôle de contre-pouvoir ? Ou bien, aveuglés par leur haine de Trump, le harcèlent-ils pour le faire chuter ?
Complexe et nébuleuse, la dernière affaire qui agite Washington pose toutes ces questions. A ce stade, personne ne sait si elle se terminera en pétard mouillé ou en scandale d’Etat.
Le 12 août, un agent du renseignement américain effectue un signalement auprès de l'inspecteur général des services de renseignement, Michael Atkinson, dans le cadre d'une procédure visant à protéger les lanceurs d'alerte. Selon le Washington Post, qui a révélé l'affaire mercredi soir, ce lanceur d'alerte aurait été particulièrement «troublé» par une «promesse» faite par Trump lors d'une conversation avec un dirigeant étranger. Le New York Times a confirmé jeudi qu'un «engagement» pris par Trump auprès d'un de ses homologues avait contribué au signalement, tout en ajoutant que ce dernier «concerne de multiples actions». Ces deux questions génèrent d'intenses spéculations. D'après les comptes rendus officiels et les médias américains, Trump s'est entretenu par téléphone avec le nouveau président ukrainien, Volodymyr Zelensky, le 25 juillet, puis avec le dirigeant russe, Vladimir Poutine, le 31 juillet. Les démocrates soupçonnent la Maison Blanche de faire pression sur le nouveau pouvoir à Kiev pour qu'il relance des enquêtes pour corruption susceptibles de nuire politiquement à Joe Biden, favori dans la course à l'investiture démocrate, et donc possible adversaire de Trump en 2020. Entre 2014 et 2016, alors que Biden était vice-président, son fils Hunter travaillait pour un groupe gazier ukrainien. Plusieurs alliés de Trump accusent Biden d'avoir poussé pour le limogeage d'un procureur qui enquêtait sur la société où travaillait son fils.
Dans un édito début septembre, le Post a accusé la Maison Blanche d'avoir fait traîner le versement d'une aide militaire de 250 millions de dollars à l'Ukraine, débloquée depuis. Trump aurait-il exercé sur Zelensky un chantage à l'aide financière espérant y gagner des munitions pour sa campagne de réélection ? Vendredi, il a qualifié de «hautement partisan» le lanceur d'alerte, et dénoncé l'acharnement démocrate.
Frédéric Autran




