«Des fainéants peureux en bonnet noir ont de nouveau envahi nos bureaux», a écrit mardi matin l’opposant Alexeï Navalny sur son blog. Des perquisitions ont eu lieu dans les locaux de l’organisation du Fonds de lutte contre la corruption (FBK) et au domicile de ses employés dans 30 régions à travers tout le pays, a confirmé le Comité d’enquête, organisme judiciaire sous l’autorité du Président. Sur des images de vidéosurveillance, publiées par l’opposant, on voit des policiers en casque et cagoule noire pénétrer dans un bureau.
C'est la troisième fois que la police organise des descentes dans les locaux du FBK et chez ses employés et militants. Le 6 août à Moscou et le 12 septembre dans les 45 QG régionaux, ainsi que chez des employés et bénévoles, «ils ont volé tout le matériel informatique qu'ils pouvaient, écrit de son côté Leonid Volkov, le bras droit de Navalny. La troisième fois, il n'y avait plus grand monde à fouiller, ils sont donc allés chez les proches des employés, les ex-employés, les proches des ex-employés. […] La seule chose qui n'a pas changé, c'est qu'ils ont volé tout le matériel informatique. On dirait une stratégie très élaborée : n'emprisonner personne pour ne pas susciter une vague de sympathie et de solidarité civique, mais voler et piller au maximum pour rendre le travail impossible.»
Des comptes gelés et de nombreuses dettes
Depuis plusieurs semaines, le FBK d'Alexeï Navalny, l'avocat de 43 ans devenu le principal opposant à Vladimir Poutine, spécialisé dans les investigations sur la corruption et les fortunes mafieuses des hommes au pouvoir, est visé par une enquête pour blanchiment d'argent. La semaine dernière, dans un tour de vis supplémentaire, l'organisation a été placée sur la liste des «agents de l'étranger», une classification introduite par les autorités en 2012 pour stigmatiser les ONG dérangeantes, obligeant toutes les organisations recevant des financements de l'étranger à s'inscrire sur un registre spécial. Navalny et ses équipes dénoncent un coup monté de toutes pièces.
Après avoir gelé les comptes du FBK, financé entièrement par du crowdfunding et sur lesquels se trouvaient 75 millions de roubles (1 million d'euros), les autorités auraient elles-mêmes organisé deux virements, les 6 et 17 septembre, pour une somme de 140 000 roubles (1 970 euros), de la part d'une entreprise espagnole. «Généralement, notre comptabilité repère tous les virements et renvoie ceux qui proviennent de citoyens étrangers, explique l'opposant. Mais à ce moment-là, le FBK n'avait plus de comptable, temporairement», car l'entreprise avec laquelle travaillait le Fonds avait décidé de ne plus lui fournir ses prestations, après avoir elle aussi fait l'objet de perquisitions début août.
Le pouvoir ignore méthodiquement Alexeï Navalny, trublion en chef depuis l’hiver contestataire de 2011, ne lui accordant aucune existence sur les ondes officielles. Mais les autorités lui mettent tout aussi systématiquement des bâtons dans les roues. Cet été, des manifestations massives ont secoué la capitale russe après que des candidats soutenus par lui ou issus de son organisation ont été exclus d’un scrutin municipal. L’opposant lui-même a passé trente jours en détention pour organisation de manifestations non autorisées, tandis que plusieurs personnes ont écopé de peines de prison réelles dans ce qui est devenu «l’affaire de Moscou».
Il y a quelques jours, le parquet de Moscou a demandé la confiscation de l'appartement de 78,5 m² dans lequel Navalny vit avec sa famille, dans le cadre d'une plainte déposée contre les organisateurs des rassemblements des 27 juillet et 3 août. La garde nationale réclame un dédommagement de 5 millions de roubles (70 500 euros) pour avoir mobilisé des «forces supplémentaires», ce qui a entraîné des coûts complémentaires en rémunération des policiers et achat de carburants et lubrifiants.
D’autres entreprises ont également présenté la facture aux chefs de file des manifestations : «les chaussées» ont réclamé 14 490 000 roubles (204 300 euros) pour les rues en pagaille et les infrastructures abîmées ; le réseau de bus et tramways veut 1 893 591 roubles (26 700 euros) pour des retards causés sur 36 lignes ; le restaurant Armenia, sur l’avenue Tverskaïa, a perdu des clients et veut 551 847 roubles (7 800 euros) ; les véhicules de M Taxi étaient empêchés de travailler et estiment le préjudice à 787 314 roubles (11 100 euros) ; le métro de Moscou a dû mobiliser sept cadres supplémentaires un jour de repos, ce qui lui a coûté 325 642 roubles (4 600 euros).




