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Irak : Zahra, martyre à 19 ans

Publié le 08/12/2019 à 20h46

Depuis une semaine, son visage de poupée maquillé en chaton, avec de grands yeux vert d’eau, s’affiche en photo de profil d’un nombre croissant de jeunes contestataires irakiens, sur les réseaux sociaux. Zahra Ali Salman, 19 ans, enlevée le 2 décembre par des inconnus à Bagdad, a été retrouvée le lendemain sauvagement assassinée. Etudiante à la faculté des lettres de Bagdad, elle s’occupait, avec son père, de préparer des plats cuisinés pour les porter tous les jours aux manifestants qui occupent depuis le 25 octobre la place Tahrir, épicentre de la contestation dans la capitale irakienne.

«Nous allions ensemble apporter cette aide aux jeunes sur la place. C'était une contribution, sur nos deniers personnels, pour soutenir la révolte», raconte à Libération Ali Salman, le père éploré. C'est lui qui a retrouvé le corps de sa fille, atrocement défigurée, à quelques pas de leur maison, dix heures après sa disparition, dans le quartier populaire d'Al-Amana à Bagdad. Zahra, l'aînée de ses trois filles, était sortie dans la matinée pour faire des courses. «A l'hôpital où on l'a transportée, le médecin légiste a établi qu'elle avait subi des décharges électriques et reçu des coups avec des objets métalliques qui lui ont brisé les os», poursuit Ali Salman.

Terrorisé, l'homme tient à préciser que ni lui ni aucun membre de sa famille n'avaient d'appartenance politique. Soulignant son souci de discrétion, il explique que «Zahra se dissimulait quand elle se rendait sur la place. On évitait de se faire photographier ou filmer. Je ne lui avais pas permis d'ouvrir une page Facebook et elle était obéissante».

Il préfère aujourd'hui accuser une mystérieuse «tierce partie» de l'enlèvement et de l'assassinat de sa fille, précisant qu'il n'avait reçu aucune menace avant «l'acte barbare», comme l'a qualifié le Comité organisateur des manifestations de la révolution. Dans un communiqué, celui-ci a accusé les «milices sectaires» du meurtre de la jeune fille, faisant porter la responsabilité au gouvernement et aux services de sécurité, qui soutiennent ces milices. Zahra Ali Salman est une des premières femmes tuées depuis le commencement de la contestation, début octobre, alors que 430 personnes sont mortes en Irak à l'occasion de ce mouvement. Deux jours avant son assassinat, une jeune secouriste était tombée sous les tirs des forces de l'ordre à Nassiriya, dans le sud du pays. La participation inédite des femmes irakiennes au mouvement de protestation est un sujet de fierté pour les manifestants et d'irritation pour les partis et les milices communautaires proches du pouvoir.

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