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Contestation

Du Liban à l'Irak, la transition politique dans l'impasse

Le remplacement des deux gouvernements démissionnaires est empêché par des dirigeants qui continuent de résister à la pression populaire massive.

Une manifestation à Bassora (Irak), le 9 décembre. (Essam Al Sudani/Photo Essam Al Sudani. Reuters)
Publié le 16/12/2019 à 19h05

Pas de nouveau Premier ministre en vue à Beyrouth ou à Bagdad. Prévue lundi, une réunion du Parlement libanais pour la formation d'un gouvernement a été repoussée pour la troisième fois depuis la démission de Saad Hariri le 29 octobre. Et si la vacance du pouvoir est familière au Liban, qui a déjà connu des mois sans président ni gouvernement, le fait est plus rare en Irak. La Constitution prévoit deux semaines pour que le Parlement désigne un nouveau Premier ministre en remplacement d'Adel Abdel-Mehdi, qui a démissionné le 1er décembre. Une échéance difficile à tenir.

Dans les deux pays confrontés à une mobilisation populaire inédite contre un système de répartition communautaire qui consacre le pouvoir de dirigeants corrompus et défaillants, la classe politique se refuse à céder aux revendications de la rue. Au Liban, les contestataires réclament inlassablement un gouvernement composé exclusivement de technocrates et de personnalités indépendantes des partis traditionnels pour engager les réformes nécessaires et répondre à l'urgence économique. Mais les principaux blocs politiques négocient une éventuelle reconduction de Saad Hariri, rejetée par une grande partie des manifestants. Le puissant mouvement chiite du Hezbollah, qui fait partie du gouvernement démissionnaire et tient à rester aux affaires, a maintes fois balayé l'idée d'un cabinet exclusivement formé de technocrates. Son chef, Hassan Nasrallah, continue de plaider pour un gouvernement alliant toutes les forces politiques avec «une représentation la plus large possible, sous la houlette de M. Hariri ou de toute autre personne approuvée par le Premier ministre sortant».

Des violences sans précédent

Les tergiversations politiciennes attisent la colère de la rue alors que la situation économique et financière, déjà très précaire avant le début de la contestation, s’est profondément dégradée, avec des restrictions bancaires croissantes et une pénurie de liquidités. La tension s’est en outre exacerbée ce week-end, avec des violences sans précédent depuis le début d’une révolte remarquablement pacifique jusque-là. Aux agressions des miliciens des partis chiites au pouvoir contre les manifestants, s’est ajoutée l’intervention des forces de l’ordre qui ont fait usage de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc, blessant des dizaines de personnes à Beyrouth.

Une violence bien plus meurtrière se poursuit en Irak où l'on compte près de 500 morts depuis le début de la contestation, le 1er octobre. Forces de sécurité et milices plus ou moins identifiées tirent à balles réelles sur les manifestants tandis que des assassinats ciblés contre des journalistes et des figures de la protestation se multiplient ces derniers jours. Comme les Libanais, les Irakiens réclament un gouvernement de transition dirigé par une personnalité indépendante pour mettre en œuvre leurs revendications : réformes de la constitution et de la loi électorale avant toute élection. Après avoir obtenu la démission d'Adel Abdel-Mehdi, ils refusaient même que celui-ci reste en poste pour expédier les affaires courantes dans l'attente de la nomination d'un successeur. Ils rejettent dans le même temps tous les candidats des partis politiques représentés au Parlement. Ceux-là sont néanmoins engagés dans d'âpres négociations pour désigner un nouveau Premier ministre, sous la pression également de l'Iran voisin qui tient sous son influence plusieurs partis et milices irakiens.

Une nouvelle échéance est fixée pour jeudi au Liban comme en Irak. C’est la date butoir pour le président irakien Barham Salih qui s’est engagé à proposer le nom d’un nouveau Premier ministre au vote du Parlement. C’est aussi la prochaine date fixée par son homologue libanais Michel Aoun pour des consultations parlementaires à Beyrouth. Il serait étonnant dans les deux cas qu’un nouveau Premier ministre soit désigné pour une transition introuvable…

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