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Chronique «BRITISH STORIES»

Perruches à gogo au Royaume-Uni : Jimi Hendrix et Humphrey Bogart (malheureusement) innocentés

Une étude scientifique a donné l'explication de la présence des nombreuses perruches à collier dans les parcs britanniques. Comme souvent, la réalité est moins poétique qu'on ne le voudrait.

Une perruche à collier dans le Saint James Park, à Londres, en 2019. (Mike Kemp/Photo Mike Kemp. In Pictures. Getty )
ParSonia Delesalle-Stolper
Correspondante à Londres
Publié le 18/12/2019 à 12h37

Imaginez. On est en 1968, sur Carnaby Street, au cœur de Swinging London. Jimi Hendrix ondule sur la chaussée, certains diront titube, mais non, on insiste, il ondule. Dans sa main, une jolie cage gigote gentiment. Dans la cage, Adam et Eve, ses deux perruches à collier, se bécotent. Le musicien s’arrête. Il lève les yeux et dans une tirade enlevée et inspirée, certes sans doute par un certain nombre de substances plus ou moins licites, annonce que ses volatiles ont, autant que lui, le droit de tutoyer le ciel. Il ouvre la cage. Adam et Eve, libres, s’en vont à tire d’ailes forniquer sur une branche.

Imaginez. On est en 1951, dans les studios de cinéma Worton Hall à Isleworth, à l'ouest de Londres. Le tournage de The African Queen bat son plein. Humphrey Bogart se penche sur Katharine Hepburn et l'enlace fougueusement pour un baiser passionné et tant attendu. Soudain, une paire de perruches passent au-dessus du couple de légende. Elles s'envolent par une fenêtre du studio laissée ouverte et partent coloniser le Royaume.

Incontournables

Elles sont partout. Dans Hyde Park et sur Hampstead Heath, dans les allées du délicat Holland Park ou des majestueux Kensington Gardens ou encore dans les buissons de rhododendrons de Richmond Park. Elles sont tellement partout que parfois on ne s'entend plus penser tant elles bavassent sur leurs branches. Il paraît que c'est un signe de bonne santé. Les perruches à collier, imposantes et vert vif, sont aussi incontournables dans les parcs britanniques que les bancs de la mémoire dont on parlait précédemment ou les écureuils gris. Elles seraient environ 50 000, juste dans la région de Londres.

Jusqu’à peu, l’explication de cette présence incongrue – le volatile est originaire d’Afrique et d’Asie – reposait sur les deux légendes ci-dessus. Une autre évoquait un avion qui se serait crashé sur des volières, dans les années 70, relâchant des dizaines d’oiseaux.

Fièvre du perroquet

Malheureusement, une très sérieuse étude scientifique publiée dans le Journal of Zoology vient de tuer les mythes. En fait, l'explication est bien plus terre à terre et bien moins poétique. D'abord, les chercheurs des universités londoniennes Queen Mary, UCL et Goldsmiths ont retrouvé des traces de la présence de ces perruches au Royaume-Uni depuis le XIXe siècle, 1855 très exactement, assez longtemps avant la naissance de Jimi Hendrix. Leur prolifération dans la nature serait essentiellement liée à des pics d'inquiétude sur une contamination par la fièvre du perroquet, ou psittacose, en 1929-1930 puis en 1952.

A l'époque, avoir une volière à la maison, comme animal de compagnie, était bien plus prisé qu'avoir un chien, un chat ou un hamster. Mais une campagne médiatique sur les risques de la fièvre du perroquet aurait entraîné une libération en masse des perruches, «plus facile à lâcher par la fenêtre qu'à estourbir», a expliqué l'une des chercheuses, Sarah Elizabeth Cox. Même les scientifiques l'ont reconnu, l'explication de la prolifération des perruches au Royaume-Uni est un peu décevante. «J'aurais bien aimé que l'histoire de Jimi Hendrix soit vraie, a confié Sally Faulkner, de Queen Mary University of London. Malheureusement, ce n'est pas le cas.»

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