Toujours ces effets inattendus et angoissants de la mondialisation. Un nouveau virus apparu dans une ville de Chine déclenche une inquiétude mondiale et l'OMS envisage de proclamer une urgence planétaire. L'effet virus est aussi un «effet papillon». On dira que cela n'a rien de nouveau. Ce sont, pense-t-on, des bateaux venus de la mer Noire qui ont introduit en Europe, au Moyen Age, le bacille de la peste noire. Ce qui est nouveau, au vrai, ce sont les immenses progrès sanitaires accomplis par l'humanité au XXe siècle. La peste noire, en son temps, avait tué plus d'un tiers des Européens, soit environ 25 millions de personnes. A la fin de la guerre de 14-18, la «grippe espagnole» (mondiale en fait) avait causé la perte de quelque 50 millions de personnes, nettement plus que le conflit lui-même. Le Sras, funeste souvenir, a tué en 2003 quelque 700 personnes en huit mois. Et le coronarovirus apparu en Chine, à ce jour, 17. Ce sont évidemment autant de «morts de trop». Mais la disparité des chiffres permet de mesurer la spectaculaire amélioration des défenses sanitaires dans le monde. On dira après que nos civilisations modernes ne cessent de régresser, qu'elles sont en décadence, qu'elles «vont dans le mur», etc.
Ce qui n’ôte rien à la vigilance nécessaire, d’autant que ces virus aux mœurs tortueuses ont la fâcheuse habitude de muter, laissant les autorités sanitaires déconcertées. Les mauvaises langues rappelleront les excès de précaution pris par Roselyne Bachelot en 2008 au moment de l’épidémie de grippe A. Mais qu’aurait-on dit si l’épidémie avait fait rage sans que la ministre ne réagisse suffisamment ? Confortée par cette réflexion, Agnès Buzyn a raison de prendre l’affaire très au sérieux. Téléportée dans le passé lointain, face à la peste ou à la grippe espagnole, elle aurait sauvé beaucoup de monde.




