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Interview

Human Rights Watch «Les talibans disent ce que l’on veut entendre»

Publié le 25/02/2020 à 20h51

Alors que la période de sept jours de réduction des violences s’achève samedi, un accord entre les talibans et les Etats-Unis pourrait être signé dans la foulée. Le nombre de soldats américains déployés en Afghanistan devrait alors passer d’environ 13 000 à 8 600, selon le président américain, Donald Trump. Patricia Gossman, spécialiste de l’Afghanistan pour Human Rights Watch, estime que l’étape la plus complexe sera celle des discussions entre talibans et représentants afghans, qui pourraient débuter à la mi-mars.

Quels sont les critères pour déterminer si cette trêve est un succès ou non ?

Mon sentiment est qu’aujourd’hui, talibans et Américains semblent sûrs qu’une signature aura lieu comme annoncé samedi. Il faudrait une attaque spectaculaire pour qu’elle n’ait pas lieu. Mais ce qui nous préoccupe beaucoup plus, en tant qu’organisation des droits de l’homme, c’est l’étape suivante, celle des discussions intra-afghanes.

L’accord entre Américains et talibans reposera-t-il sur les mêmes termes que celui qui avait failli être signé en septembre ?

L’accord sur la réduction des violences était une condition pour avancer. Le Président, Ashraf Ghani, poussait pour un cessez-le-feu, dont les talibans ne voulaient pas. D’où le compromis actuel. Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup d’autres changements. Les éléments principaux restent la garantie des talibans qu’ils n’accueilleront plus de groupes type Al-Qaeda et que des attaques soient fomentées depuis l’Afghanistan, et la mise en place d’un calendrier de départ des troupes américaines. Il ne s’agit pas d’un processus de paix, mais d’un accord entre les Etats-Unis et les talibans. Les vraies discussions de paix se feront entre Afghans, et leurs contours restent inconnus.

Peut-on faire confiance aux talibans, en particulier pour les droits des femmes ?

Nous avons rencontré des négociateurs talibans en avril. Ils se comportent comme des hommes politiques et disent ce qu’ils pensent que l’on veut entendre. Ils prétendent ne plus vouloir interdire aux filles d’aller à l’école. Mais quand on observe ce qui se passe dans les régions qu’ils administrent, ce n’est pas aussi clair. Dans la province du Helmand, par exemple, il n’y a pas d’éducation pour les filles. Alors que c’est le cas à Kunduz. Les talibans nous ont dit qu’ils s’adaptaient à ce que voulaient les gens : en réalité, cela dépend de leurs commandants sur le terrain. Ceci dit, dans certaines zones contrôlées par le gouvernement, il n’y a pas non plus d’école pour filles.

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