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Libération

Royaume-Uni : appelez-le «Harry»

ParSonia Delesalle-Stolper
Correspondante à Londres
Publié le 26/02/2020 à 20h46

C’est un peu comme si James Bond disait : «Mon nom est James, juste James.» C’est perturbant, un peu déstabilisant, même. Le prince Harry est de retour au Royaume-Uni, et il demande à ce qu’on l’appelle désormais simplement par son prénom. Même si, techniquement, Harry est toujours prince.

Après des négociations tendues avec la monarchie, Harry et Meghan n’utiliseront plus en public le terme «royal». Fini aussi la marque «Sussex Royal» que le couple avait déposée. Depuis des années, des membres de la famille royale se sont allègrement servis de leurs titres pour bénéficier d’avantages financiers sans qu’on leur retire la possibilité d’utiliser l’appellation «royal». Mais avec (le prince) Harry, c’est différent. C’est un peu comme s’il avait craché dans la soupe, presque comme s’il avait trahi. Mais qui ? La reine et la monarchie, alors qu’il n’est que sixième dans l’ordre de succession ? Son retrait ne va pas bouleverser la marche royale. Rien à voir avec son arrière-grand-oncle Edouard VIII et son abdication en 1936 après moins de onze mois de règne.

Les tabloïds expliquent en long et en large que la famille royale est fâchée, sans ne jamais citer que des «sources royales» anonymes. La vérité est que ce sont sans doute eux qui sont les plus frustrés. Le couple, glamour, plutôt sympathique, représente une manne extraordinaire pour leurs pages. Et leur disparition leur cause un tort considérable - le Sun vient d'enregistrer d'importantes pertes d'argent et de lecteurs.

Et puis il y a le volet judiciaire. Les trois plus grands groupes de médias auxquels appartiennent ces tabloïds - le Daily Mirror, le Sun et le Daily Mail - se battent actuellement pour trouver des accords avec les plaignants dans le cadre de procès pour écoutes illégales - des personnalités, dont l'ex-couple royal, mais aussi de simples anonymes. Selon Hacked Off, le groupe qui défend les victimes de ces écoutes illégales, Reach (propriétaire du Daily Mirror) et News UK (le groupe de Rupert Murdoch, propriétaire du Sun) pourraient à terme devoir payer plus d'1 milliard de livres (1,2 milliard d'euros) de dommages et intérêts. Or Harry poursuit donc ces groupes pour écoutes illégales, alors que Meghan a lancé une action en justice contre Associated Newspapers (Daily Mail et Mail on Sunday) pour atteinte à la vie privée. De quoi expliquer peut-être la rage des commentaires divers sur le couple dans ces journaux.

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