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«Бог, семья, русский народ» - «Dieu, famille, peuple russe» La Constitution selon Poutine

Publié le 05/03/2020 à 20h16

Glossaire de la réalité russe à travers des mots qui n’ont pas toujours une traduction exacte, ni même d’équivalent, dans la réalité française.

«Бог, семья, русский народ». «Dieu, famille, et peuple russe». Quelques nouveautés que Vladimir Poutine souhaite introduire dans la Constitution russe, qu'il a proposé d'amender le 15 janvier. «La Fédération de Russie, unie par une histoire millénaire» préserve «la mémoire des ancêtres qui nous ont transmis leurs idéaux et la foi en Dieu», peut-on lire dans les propositions présidentielles. La Russie étant un état multiethnique, multiconfessionnel et surtout laïc, on peut légitimement s'interroger sur ce «Dieu» qui va bientôt trôner en majesté dans la charte. Et savourer ce dialogue entre un correspondant du quotidien Kommersant et le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov : «Quel Dieu au juste Vladimir Poutine avait-il à l'esprit ? - Je pense que ce sera éclairci en temps voulu. - Comment ? Par une loi fédérale ? - Non. Je ne peux pas répondre à cette question actuellement.»

Pas plus qu'il n'a vraiment réussi à préciser qui étaient ces fameux «ancêtres» et leurs «idéaux». Mais le texte établit une continuité de la Fédération de Russie avec l'URSS et fixe le peuple russe comme nation tutélaire du pays, et la langue russe comme langue officielle. Parmi d'autres propositions innovantes et en phase avec le siècle, Vladimir Poutine souhaite aussi inscrire le mariage comme une union entre un homme et une femme, tandis que les enfants deviennent «un patrimoine essentiel de la Fédération de Russie» et «l'Etat crée les conditions favorables à [leur] épanouissement spirituel, moral, intellectuel et physique complet, en développant leur patriotisme, sens civique et respect des aînés».

Sinon, plus prosaïquement, Poutine a l’intention d’interdire constitutionnellement que des portions de territoire russe soient données - comprendre rendus - à des Etats étrangers. C’est-à-dire sécuriser la Crimée annexée en 2014 ou encore les îles Kouriles, disputées avec le Japon.

Renforcer le Conseil d’Etat, doter la Douma du droit d’entériner la candidature du Premier ministre, mais aussi de tous les membres du gouvernement… la réforme constitutionnelle proposée par Poutine va modifier radicalement le système de gouvernance russe. Surtout, elle est perçue comme un moyen de pérenniser son propre pouvoir, au-delà de son mandat présidentiel qui s’achève en 2024.

La Constitution russe actuelle, adoptée en 1993 et rédigée dans un esprit d’émancipation par rapport à l’héritage liberticide soviétique, bien qu’imparfaite, a toujours été considérée comme un socle solide pour une société démocratique, si cette société et ses dirigeants voulaient bien la respecter. Les amendements, qui ont déjà été adoptés en deuxième lecture au Parlement, seront soumis à une «consultation populaire» le 22 avril. Autant dire que l’affaire est pliée et que la Russie se prépare à embrasser l’avenir à reculons.

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