Avec 2 369 cas et 6 morts, l'Allemagne se met en branle-bas de combat contre le Covid-19. Si dans les premières semaines le gouvernement s'était montré discret, les autorités multiplient désormais les conférences de presse. Dans la soirée de jeudi, la chancelière s'exprimait à l'issue d'une réunion avec les dirigeants des Länder. Les discussions ont été vives. Faut-il fermer les écoles dans toute l'Allemagne, comme l'a annoncé, un peu plus tôt dans la soirée, Emmanuel Macron pour la France ? Finalement, fédéralisme oblige, cette décision a été laissée à la discrétion des Länder. De toute manière, au fil de la journée de vendredi, 13 régions sur 16 ont annoncé la fermeture de leurs écoles et garderies.
Dans la capitale, la majorité des théâtres, musées, clubs, cinémas, salles de concerts sont également fermés ou en passe de l'être, et le semi-marathon de la ville a été annulé. Côté politique, le fameux congrès de la CDU du 25 avril, où l'on devait désigner le successeur d'Annegret Kramp-Karrenbauer, a lui aussi été repoussé, comme ceux du FDP ou de l'AfD. En outre, la chancelière demande l'annulation des «événements non nécessaires» de moins de 1 000 personnes, estimant de manière générale que «les contacts sociaux doivent être évités dans la mesure du possible».
Le dogme du Schwarze Null dans la balance
«Nous sommes dans une situation exceptionnelle à tous points de vue, je dirais plus exceptionnelle qu'au moment de la crise bancaire», disait jeudi soir une Angela Merkel d'habitude plutôt rompue à l'art de la litote. Le gouvernement est inquiet, et ces inquiétudes ne sont pas seulement sanitaires, mais aussi économiques. Face à la menace de récession, le gouvernement a sorti un remède de cheval. Après avoir annoncé en début de semaine des mesures de soutien à l'économie, facilitant notamment le recours au chômage partiel, il a complété cette armada de mesures vendredi, avec l'annonce notamment de prêts «sans limite» pour les entreprises, d'une valeur d'au moins 550 milliards d'euros, et accordés par la banque publique KfW. Les entreprises spécialisées dans le transport aérien, le tourisme ou la gastronomie, particulièrement touchées par la crise, pourront notamment en bénéficier. Il s'agit d'une «initiative sans précédent dans l'histoire d'après-guerre», a souligné le ministre de l'Economie Peter Altmaier. De son côté, la Lufthansa envisage de demander un coup de pouce. «Nous discutons avec les gouvernements des marchés intérieurs au sujet d'éventuelles aides d'Etat», indiquait vendredi un porte-parole de l'entreprise.
Le gouvernement allemand est-il prêt à abandonner son dogme budgétaire du Schwarze Null ? Cette semaine, on a beaucoup commenté la phrase de Merkel sur le sujet, laissant entendre qu'elle était prête à revenir sur ce fameux zéro déficit dont les Allemands sont si fiers. La réalité est plus complexe. D'abord, des dérogations ont toujours été possibles, notamment en situation d'urgence – et personne ne niera que cette crise en est une. Ensuite, la chancelière comme son ministre des Finances Olaf Scholz ne souhaitent pas renoncer au Schwarze Null, malgré les pressions de la plupart des économistes du pays. Argument imparable : c'est justement, indique le ministère des Finances, «les excédents de ces dernières années» qui permettent au gouvernement de «soutenir l'économie». Cela dit, signe que l'heure est vraiment grave, la digue pourrait tout de même céder : vendredi, Olaf Scholz estimait «pas complètement invraisemblable» qu'une dette soit contractée «afin de satisfaire des besoins de trésorerie supplémentaires».




