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Covid-19

Au Royaume-Uni, la piste des anticorps

Un test facile à réaliser soi-même et d’abord destiné aux personnels de santé britanniques est en cours d’évaluation.

Un camp est formé, samedi, devant le centre de convention Excel de Londres, qui s'apprête à devenir un hôpital temporaire capable d'accueillir 4 000 lits. (Alberto Pezzali/Photo Alberto Pezzali. AP)
ParSonia Delesalle-Stolper
Correspondante à Londres
Publié le 29/03/2020 à 18h51

Au Royaume-Uni, l'épidémie galope. Le nombre de morts a dépassé le millier. Vendredi, Stephen Powis, directeur médical du National Health Service (NHS, le service de santé publique) en Angleterre, a estimé que si le bilan définitif «reste en dessous des 20 000 décès… ce serait un bon résultat». Jusqu'à présent, environ 6 000 tests pour le Covid-19 sont réalisés quotidiennement au Royaume-Uni, avec l'objectif de passer à 10 000 d'ici la fin de la semaine et à 25 000 d'ici la mi-avril.

Pour le moment, seuls les patients hospitalisés et présentant des symptômes sérieux sont testés. Quelques récentes exceptions, pour le prince Charles ou le Premier ministre, Boris Johnson, et son ministre de la Santé, Matt Hancock, ont fait grincer des dents. Notamment parce que le personnel de santé n'est toujours pas testé en Angleterre. En Ecosse et au pays de Galles, des dépistages sur les personnels de santé ont déjà commencé, sur ceux présentant des symptômes ou vivant avec quelqu'un soupçonné de souffrir du Covid-19. Le gouvernement a promis d'accélérer «dramatiquement et rapidement» le nombre de tests réalisés auprès des personnels de santé. «C'est crucial dans notre réponse et notre lutte contre le coronavirus», a déclaré Michael Gove, ministre sans portefeuille.

Goutte de sang

L'exécutif a aussi annoncé la commande de 3,5 millions de tests sur des anticorps, faciles à réaliser soi-même à la maison. L'idée est de mesurer, à l'aide d'une goutte de sang, le taux d'anticorps dans le sang pour permettre d'établir si une personne est immunisée. Après avoir laissé entendre que le test serait disponible pour tous, dans les pharmacies ou sur Internet, le gouvernement a rétropédalé en précisant d'abord qu'il était encore en cours d'évaluation et donc pas encore prêt pour une fabrication en masse. Le risque de faux diagnostic est réel. Par exemple si les symptômes du coronavirus sont restés faibles et que le corps n'a pas eu le temps de fabriquer suffisamment d'anticorps. «Un mauvais test est pire que pas de test», a précisé le conseiller médical en chef du gouvernement, Chris Whitty, positif au coronavirus. Par ailleurs, une fois ce test commercialisé, il sera destiné avant tout aux personnels de santé. Il permettrait notamment à certains qui s'isolent parce qu'un de leurs proches est malade de vérifier s'ils sont immunisés et peuvent reprendre le travail dans les hôpitaux.

Mais l'ancien Premier ministre britannique Tony Blair a mis les pieds dans le plat dimanche en estimant sur Sky News que seule une politique de dépistage systématique sur «pratiquement l'ensemble de la population» permettrait de contrôler l'épidémie. Le premier de trois nouveaux laboratoires chargés de réaliser des tests sur du personnel du NHS a commencé à fonctionner ce week-end. Des conteneurs ont été installés sur un immense parking d'un parc de loisirs, Chessington World of Adventures, au sud-ouest de Londres, pour permettre aux personnes venant se faire tester de rester dans leur voiture et de subir des prélèvements dans la gorge et le nez par la fenêtre de leur véhicule. Deux autres centres devraient ouvrir très rapidement.

Pénurie de matériel

Depuis le 1er février, un peu plus de 100 000 dépistages ont été réalisés au Royaume-Uni. Ces personnes ont toutes été référées spécifiquement pour ces tests, parce qu'elles ont été malades ou vivent avec une personne atteinte du coronavirus. Quelque 11 800 personnes, récemment retraitées du NHS (infirmières, médecins, aides-soignants), ont accepté de reprendre du service pour compenser les personnels absents, en isolation ou malades. Outre l'absence de tests, le personnel de santé déplore aussi une pénurie de matériel de protection. Le gouvernement a promis un effort conséquent sur ce plan.

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