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Libération
Éditorial

Inégalité

ParLaurent Joffrin
directeur de la publication de Libération
Publié le 31/03/2020 à 20h06

Les sociétés de marché sont les plus efficaces, mais aussi les plus injustes. La situation qui prévaut aux Etats-Unis, pays du laisser-faire et de la prospérité, s'il en est, en apporte une nouvelle fois la preuve. Quelles que soient les exaspérantes palinodies de Donald Trump, on ne doute pas que cette nation énergique finira par faire face à la pandémie. Le pays qui a constitué en quelques mois après Pearl Harbor l'armée la plus puissante au monde en partant pratiquement de zéro saura, in fine, triompher du coronavirus. A quel prix ? On ne sait : son système de santé possède l'excellence technologique et scientifique, mais il est affligé de maux cruels. Ses élus, républicains au premier chef, ont repoussé plusieurs fois les projets de sécurité sociale promus par les Clinton ou par Barack Obama. Le résultat est là : un système coûteux - bien plus qu'en France en proportion du PIB - aux performances médiocres - l'espérance de vie américaine est inférieure à celle de l'Europe. Et surtout un système fondé sur l'inégalité. Les riches profitent de l'excellence du secteur privé hospitalier grâce à de coûteuses assurances individuelles ; la moitié seulement des salariés bénéficient d'une assurance maladie digne de ce nom contractée par leur entreprise ; les autres doivent s'assurer eux-mêmes ou recourir aux programmes «Medicaid» et «Medicare», encombrés et bureaucratiques ; plusieurs millions d'Américains n'ont aucune couverture et doivent se tourner vers des dispensaires, même si une aide d'urgence a été prévue par le gouvernement fédéral. L'instauration d'un système universel figure en bonne place dans le programme de Bernie Sanders, et on espère que le favori Joe Biden la reprendra à son compte. Mais c'est un projet «socialiste», autrement dit, pour beaucoup d'Américains, un péril plus grave que le coronavirus…

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