Sale temps pour les compagnies aériennes. Entre passagers confinés et fermetures de frontières de plus en plus nombreuses pour contrer la pandémie, leurs avions restent pour la plupart cloués au sol. Résultat, l’Association internationale du transport aérien (IATA), dirigée par l’ancien PDG d’Air France-KLM, Alexandre de Juniac, estime que le secteur va perdre cette année 252 milliards de dollars (230 milliards d’euros).
La compagnie régionale britannique Flybe, 2 000 salariés et 8 millions de passagers transportés par an, a été la première à subir les conséquences de l’absence de trafic. Elle a cessé son activité le 5 mars. L’Organisation mondiale du tourisme (OMT) estime que les flux de voyageurs pourraient baisser de 20 à 30 %, soit une chute cinq fois supérieure à celle enregistrée en 2009, après la dégringolade des marchés financiers. Face à cette situation critique pour le secteur aérien, les Etats vont se retrouver en première ligne, contraints d’ouvrir leur carnet de chèques pour soutenir cette activité stratégique.
L’Italie a déjà annoncé le 17 mars sa volonté de nationaliser Alitalia et pourrait débloquer 600 millions d’euros pour lui éviter la faillite. En France, le ministre de l’Economie se dit prêt lui aussi à aller jusqu’à la nationalisation d’Air France-KLM, même si un apport d’argent frais en capital ou sous forme de prêt semble plus probable. Objectif : mettre le groupe à l’abri d’un raid hostile, dont la valeur en Bourse est désormais bien inférieure à celle de ses avions. La Norvège, elle, a décidé de garantir 500 millions d’euros de prêts pour deux compagnies : Norwegian Airlines et Scandinavian Airlines System.
Pour toutes ces situations, la Commission européenne, habituellement opposée aux aides d’Etat à destination des entreprises privées, n’a pas pipé mot. A Bruxelles, la philosophie est désormais «nécessité fait loi». Aux Etats-Unis, les compagnies aériennes réclament 50 milliards de dollars à Donald Trump sous forme d’aides et de prêts. A elle seule, American Airlines pourrait obtenir, selon l’Agence France-Presse, 12 milliards de dollars. Cette aide pourrait cependant ne pas être complètement gratuite. En contrepartie, l’Etat fédéral pourrait entrer au capital de certains transporteurs, comme il l’avait fait en 2008 pour les trois grands constructeurs automobiles de Detroit (Ford, GM, Chrysler) alors à cours de liquidités du fait de la crise financière.




