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A Kaesong, la Corée du Nord plastique la détente

Le régime de Kim Jong-un a fait exploser mardi le bureau de liaison entre le nord et le sud. Un geste qui sonne le glas de deux années de rapprochements entre Pyongyang et Séoul et de discussion sur la dénucléarisation de la péninsule.

Des militaires sud-coréens près de la frontière avec le Nord, mardi. (-/Photo AFP)
Publié le 16/06/2020 à 17h12

La Corée du Nord fait voler en éclat les efforts diplomatiques du Sud. Après que Kim Yo-jong, l'influente sœur du dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, a averti samedi que l'on assisterait «au spectacle tragique de l'effondrement complet de l'inutile bureau de liaison Nord-Sud», le royaume ermite a mis ses menaces à exécution en faisant exploser en début d'après-midi l'imposant bâtiment inauguré en septembre 2018 dans la ville frontalière de Kaesong pour favoriser la coopération entre les deux Corée.

Un geste spectaculaire qui sonne le glas de deux années de relative détente sur la péninsule malgré des relations intercoréennes nettement refroidies après le sommet infructueux entre Corée du Nord et Etats-Unis à Hanoï en 2019.

La semaine dernière, le régime nord-coréen a annoncé la coupure des lignes de communication avec le Sud, qualifié désormais d'«ennemi», et restait depuis lors muet face à ses appels via leurs hotlines militaires. A l'origine de la rupture des canaux au travers desquels les autorités des deux Corée entretenaient des échanges deux fois par jour, le pays communiste invoque l'échec de Séoul à empêcher les transfuges et les activistes installés au Sud d'envoyer des tracts anti-Pyongyang vers le nord à l'aide de ballons.

Il s'agit d'un prétexte évident selon Brendan Howe, professeur au département d'études internationales de l'université féminine Ewha, à Séoul. Selon lui, «cela ne justifie pas la montée soudaine et dramatique de rhétorique et d'actions belliqueuses. Ce serait plutôt lié à la promotion et à la consolidation du pouvoir de Kim Yo-jong. Comme c'est souvent le cas, la posture agressive de Pyongyang et la recherche d'un bouc émissaire reflètent les faiblesses internes plutôt que la force».

Les autorités sud-coréennes, conciliantes, ont assuré qu'elles renforceraient les sanctions et bloqueraient toute tentative d'envoi de tracts à travers la frontière sans que cela ne rassérène son voisin. Trois jours plus tard, soit le 15 juin marquant le vingtième anniversaire du tout premier sommet intercoréen entre le président d'alors Kim Dae-jung et le leader nord-coréen de l'époque Kim Jong-il à Pyongyang, le régime a averti d'«actes de représailles incessants».

A la suite de la destruction du bureau de liaison, l’armée sud-coréenne a annoncé renforcer sa surveillance ainsi que son état de préparation, en citant de possibles affrontements accidentels dans les zones frontalières sous tension.

De son côté, l'Armée populaire de Corée a annoncé l'examen d'un «plan d'action» visant à réoccuper les zones démilitarisées selon l'accord nord-sud de 2018, laissant entrevoir une nouvelle provocation militaire. Néanmoins, Daniel Pinkston, spécialiste de la Corée du Nord à l'International Crisis Group, estime que «le régime ne cherche pas de conflit à grande échelle et veut contrôler l'escalade. Peut-être souhaite-t-il savoir quelles concessions il peut obtenir du Sud par la contrainte. Ces provocations sont aussi habituelles pour le leadership nord-coréen qui réclame de l'attention chaque fois qu'il sent que les yeux du monde s'éloignent».

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