Le silence était particulièrement frappant. Depuis la reprise du championnat anglais mercredi dernier, après cent jours de suspension pour cause de pandémie, les matchs se jouent à huis clos. Juste avant le coup d’envoi, lundi soir à 20 heures, de la rencontre entre Burnley FC et Manchester City, tous les joueurs se sont agenouillés sur la pelouse du stade Etihad, en hommage au mouvement Black Lives Matter. Sur les maillots, le flocage des noms avait été remplacé par celui du slogan. Ces derniers jours, presque tous les matchs démarrent de cette manière.
Soudain, le bruit d'un moteur a percé le recueillement. Le ciel bleu a été griffé par la trace d'un petit avion tirant une banderole portant ces mots : «White Lives Matter Burnley». Quelques minutes plus tard, Jake Hepple, un supporteur de Burnley, postait la vidéo sur sa page Facebook et l'illustrait d'un charmant : «Laissez-moi profiter de l'occasion pour m'excuser auprès… d'absolument putain de personne !» Sur ses réseaux sociaux, effacés entre-temps, le jeune homme avait posté des photos de lui hilare posant au côté de l'activiste fasciste Tommy Robinson.
Le match s'est déroulé, Burnley a essuyé un cuisant 0-5. Après la rencontre, livide, le capitaine des Clarets (le surnom des joueurs de Burnley) Ben Mee s'est dit «honteux». «Les supporteurs de ce type ne méritent pas d'évoluer autour du football», a-t-il ajouté. «Nous avons honte, nous sommes embarrassés. Il s'agit d'une minorité de nos supporters», a-t-il poursuivi, avant de reconnaître que «cela a eu un impact massif pour nous de voir ça dans le ciel». Le club a immédiatement publié un communiqué affirmant qu'«il est clair que les responsables de cet acte ne sont pas les bienvenus à Turf Moor» et seront bannis à vie du club.
L’aéroport de Blackpool, d’où avait décollé le petit avion, a annoncé suspendre ses opérations commerciales consistant à faire flotter des bannières dans le ciel alors que la police a indiqué enquêter pour établir si l’incident est illégal.
Série d’incidents en Europe
L'organisation Football Against Racism in Europe (Fare), qui travaille sur les questions d'inclusion et d'égalité avec les instances internationales, l'Uefa et la Fifa, a reconnu que ce show aérien très spécial n'était que le dernier d'une série d'incidents racistes en Europe. «La réponse raciste au mouvement des Black Lives Matter à travers l'Europe est une tendance que nous avons constatée et documentée», a déclaré le directeur de Fare Piara Powar. «Face au message des BLM sur l'égalité des droits, "White Lives Matter" ne peut être motivé que par le racisme et le déni de l'égalité des droits», a-t-il ajouté.
Le 13 juin, une contre-manifestation de groupuscules d’extrême droite contre les Black Lives Matter avait dégénéré en plein cœur de Londres, entraînant des échauffourées avec la police et l’arrestation de plus d’une centaine de personnes. Parmi les excités – une majorité d’hommes blancs fortement alcoolisés – beaucoup appartenaient à des clubs de supporteurs de football.
En novembre, des données du ministère britannique de l'Intérieur indiquaient que le club de Burnley avait enregistré le plus grand nombre de plaintes pour des «délits de haine», essentiellement des actes racistes, de tous les clubs anglais et gallois pour l'ensemble des deux saisons précédentes de football, depuis 2017.




