Découpé dans du papier couleur, un coronavirus fronce les sourcils, prêt à l’attaque. Tel un accessoire, la petite boule à pustules qui fait frémir le monde depuis six mois orne le chignon des agentes de santé en tournée de prévention contre le Covid-19 dans Jardim Mitsutani, une banlieue défavorisée du sud de São Paulo, épicentre de l’épidémie au Brésil. Sur une avenue bruyante, salons de coiffure, boutiques d’artisanat et autres commerces non essentiels n’avaient pas attendu l’allègement de la quarantaine, en juin, pour rouvrir.
Les ACS, acronyme en portugais de ces brigades de santé formées essentiellement de femmes, sont un pilier du robuste système public de soins mis en place par le Brésil au sortir de la dictature (1964-1985). Mandatées par le réseau municipal de santé, elles déroulent une banderole devant les automobilistes : «Avez-vous vraiment besoin de sortir ?» Le rythme s'emballe. Le petit groupe danse, chante, lâche des youyous. «Eau et savon, alcool à la main !» scandent les ACS, en agitant des tambourins.
Entreprise de sape
Ce mardi, elles distribuent masques et savonnettes. «Merci !» lance un homme à vélo dûment masqué. «J'ai faim !» gémit un autre, qui refuse le kit. «Nous avons le plus grand mal à faire adhérer les gens au masque, soupire Juliana, une ACS. Ils ne le mettent que quand ils rentrent dans les commerces.» Et encore. Jair Bolsonaro vient de rendre facultatif le port du masque («Un truc de pédé», si




