Soudain, l’air change de texture. Dans ce temple de la démocratie, les députés présents se redressent un peu sur les bancs en cuir vert. Les quolibets s’éteignent. A l’extérieur, sur Parliament Square, le brouhaha s’étoffe. Les manifestants pro-européens et ceux en faveur du Brexit continuent d’agiter leurs drapeaux, l’Européen ou l’Union Jack, en hurlant leurs slogans, comme chaque jour depuis trois ans et demi. Mais ce 4 septembre 2019, dans la Chambre des communes, en plein milieu d’un énième débat houleux sur le Brexit, le silence s’est installé. C’est comme si la salle boisée jusqu’au plafond reconnaissait les signes. Comme si, par un subtil changement de rythme et de densité de l’air, elle prévenait qu’un moment historique se prépare.
Depuis des mois, le Parlement se consume autour du Brexit. Il se déchire, se contredit, un peu comme si l’énormité de la décision prise par les Britanniques lors du référendum du 23 juin 2016 le dépassait et le paralysait. Celui qui s’apprête à parler ne va pourtant rien changer à la marche de l’histoire. Nul ne sait même s’il marquera vraiment la longue tradition parlementaire britannique. Mais lorsqu’il déploie sa grande carcasse




