L’affaire déchaîne l’humour acide des Brésiliens. Elle restera gravée dans les «anales» – avec un seul «n» – de la politique brésilienne, selon un des mèmes qui ont fait le tour des réseaux après la descente chez le sénateur Chico Rodrigues, héraut autoproclamé de la lutte anticorruption pris la main… dans le slip, où il avait dissimulé un butin de l’équivalent de 5 000 euros.
Mi-octobre, l'implacable police fédérale brésilienne lançait l'opération «Desvid-19». De desviar, «détourner». En l'occurrence, les budgets alloués à la lutte contre le nouveau coronavirus, particulièrement létal dans le Roraima, la circonscription amazonienne de Rodrigues…
Les flics qui déboulent chez lui de bon matin sont intrigués par la forme «rectangulaire» de son postérieur, selon leur récit minutieux. Ils décident de le fouiller au corps et trouvent des liasses «dans son slip», «près des fesses». Les enquêteurs veulent savoir si le sénateur porte sur lui davantage d’espèces. «Furieux», l’intéressé baisse alors son caleçon, «exposant les parties intimes de son corps», et en retire encore des liasses. Beaucoup de liasses.
Des liasses dans la chaussette
Au Brésil, il y a la corruption et l’esthétique de la corruption. Parmi les cas anthologiques : l’attaché parlementaire d’un député du Parti des travailleurs (PT), arrêté en 2005 avec 100 000 dollars dans son slip (déjà, la planque intime). Le dommage pour le parti de Lula, né pour faire de la politique «autrement», est irréparable. Quatre ans plus tard, il y aura ce député de droite (mais qui s’attend à mieux de la droite brésilienne ?) filmé en train d’enfouir des liasses dans sa chaussette. Et puis, en 2017, l’incroyable montagne de billets saisie dans le cadre de l’opération «Trésor perdu» au «bunker» de Geddel Vieira Lima, successivement ministre de Dilma Rousseff puis de Michel Temer, tombeur de Dilma Rousseff (les politiciens brésiliens sont sans foi ni loi)… Il aura fallu sept machines pour les compter : au total, 51 millions de reais, soit environ 8 millions d’euros !
Sans parler de ce membre de la Cour des comptes de l'Etat du Mato Grosso, dévalant les escaliers pour tenter de se débarrasser de chèques compromettants avec à ses trousses les «fédéraux» venus perquisitionner son bureau. Comme au cinéma. C'était en juin, lors de la 16ephase, baptisée «Géryon», comme le géant de la mythologie grecque, de l'opération dite «Ararat», comme le mont biblique où s'arrêta l'arche de Noé.
Un jour, il faudra s’arrêter sur l’imagination de la police fédérale brésilienne. L’ironie, dans le cas d’espèce (et ce n’est pas un calembour), c’est que le sénateur Rodrigues n’est autre que vice-leader du gouvernement de Jair Bolsonaro, porté au pouvoir par un sentiment «antisystème» dû aux malversations mises à nu par la désormais célèbre opération Lava Jato («lavage express»). Et que le président d’extrême droite venait d’annoncer qu’«il n’y a plus de corruption au gouvernement».




