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Confinement

Au Royaume-Uni, Johnson sommé de trouver un plan de sortie du Covid

Dans une lettre adressée au chef du gouvernement, 55 députés conservateurs réclament une feuille de route pour la fin du confinement et pour venir en aide aux régions les plus frappées par l’épidémie.

Boris Johnson, lundi au Royal Berkshire Hospital à Reading. (Photo Jeremy Selwyn. Reuters)
ParNina Guérineau de Lamérie
Intérim à Londres
Publié le 28/10/2020 à 17h27

Après le «mur rouge» travailliste, la colère du «mur bleu» conservateur. En Angleterre, les villes du Nord se voient tour à tour placées sous les plus strictes restrictions pour stopper la pandémie de Covid-19. Ce mercredi, près de 22 000 cas ont été enregistrés et plus de la moitié des 367 décès concernaient cette partie du pays. Et plus les cas augmentent, plus les relations entre un Nord qui se reconfine dans la douleur et un Sud qui continue de vivre presque normalement se détériorent.

Déjà, la semaine dernière, Boris Johnson avait dû affronter la fureur du maire de Manchester, grande ville du Nord-Ouest, qui refusait d'entrer dans la catégorie «risque très élevé» sans une promesse d'aide financière de 65 millions de livres (71,9 millions d'euros). Andy Burnham, qui n'a finalement obtenu que 60 millions de livres (66,4 millions d'euros), a accusé le Premier ministre de jouer au «poker avec la vie des Britanniques».

Lundi, ce sont les alliés de Boris Johnson qui sont passés à l'offensive. Dans une lettre adressée au chef du gouvernement, 55 députés conservateurs du Nord ont réclamé un vrai plan de sortie de confinement et un «projet concret de relance économique pour les régions les plus touchées».

Plein fouet

Si rien n'est fait, menacent-ils, la «division Nord-Sud» pourrait conduire à une série de rébellions et entraîner la chute du parti. «Les électeurs qui ont voté conservateur en 2019 [lors des élections législatives, ndlr] ne digèrent pas la manière dont le Nord est traité, a affirmé un député conservateur dans la presse britannique. Lorsque Londres était le centre des infections, le pays entier s'est confiné. Mais maintenant que le Nord en est le centre, des confinements locaux sont mis en place.»

Si le feu de la contestation n’est pas étouffé rapidement, la pandémie pourrait bien coûter la majorité de Boris Johnson au Parlement. En décembre, le Parti conservateur a remporté de nombreuses villes du «mur rouge», municipalités du nord de l’Angleterre qui votent traditionnellement pour les travaillistes. Pour la première fois, un «mur bleu» était né et avait permis la large victoire du parti.

Mais aujourd’hui, ce «mur bleu» subit de plein fouet les conséquences économiques et sanitaires liées à la pandémie et se sent abandonné par celui qu’ils ont soutenu. Certains d’entre eux commencent à s’organiser. Le 18 octobre, menés par l’ancien ministre Jake Berry, 40 élus conservateurs ont fondé le syndicat Northern Research Group («Groupe de recherche du Nord»).

Frustration et restrictions

Leur mission : veiller à ce que les promesses de développement économique du Nord, historiquement plus pauvre que le Sud, seront bien tenues par Downing Street. «Nous demandons une promesse d'engagement ou une réaffirmation de l'engagement du gouvernement à réduire les inégalités, davantage creusées à cause de la pandémie, entre le Nord et le Sud», détaille David Jones, ancien ministre chargé du Brexit et signataire de la lettre.

«Je partage absolument la frustration de mes collègues face aux restrictions», a tenté de rassurer, mardi, le ministre en charge des Finances, Rishi Sunak, en affirmant que le gouvernement restait déterminé à investir au Nord. Cela suffira-t-il à contenir le mécontentement des députés du Nord ? Dans le Daily Express, un conservateur prédit : «Le parti est divisé en tellement de factions qu'une guerre interne semble désormais inévitable.»

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