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Election Day

«Le pouvoir est entre vos mains», lance Biden lors de son ultime meeting

Clôturant sa campagne dans l'Etat clé de Pennsylvanie, le candidat démocrate à la Maison Blanche a appelé à faire triompher «l’espoir sur la peur».

Lors d'un meeting de Joe Biden à Pittsburgh, en Pennsylvanie le 2 novembre 2020. (JIM WATSON/Photo Jim Watson. AFP)
ParFrédéric Autran
Envoyé spécial aux Etats-Unis
Publié le 03/11/2020 à 7h22

Une petite scène bleue au milieu d'un boulevard désert de Philadelphie, barricadé par la police. Posé dans un coin, un piano à queue noir luisant, et au micro, le chanteur John Legend, qui alterne interventions musicales et politiques. «Demain [ce mardi, ndlr], la Pennsylvanie ne déterminera pas seulement qui deviendra le prochain président, mais qui nous sommes en tant que pays», lance le musicien. Il n'a guère besoin de hausser la voix. Devant lui, à bonne distance les uns des autres, les invités en nombre restreint restent à l'intérieur ou à proximité de leur voiture. La star s'est-elle seulement déjà produite devant un public aussi clairsemé ?

Il y a quatre ans déjà, la campagne démocrate pour la Maison Blanche s'était achevée en Pennsylvanie, le plus crucial des swing states. Ce 7 novembre 2016, à Philadelphie, à la fois symbole de l'indépendance des Etats-Unis et bastion noir, les couples Clinton et Obama avaient rassemblé une foule de 40 000 personnes. Jon Bon Jovi et le «Boss» Bruce Springsteen avaient donné de la voix pour soutenir l'ancienne secrétaire d'Etat. On connaît la suite.

Contraste

Hormis l’endroit, rien n’a ressemblé à ça lundi soir. Le camp Biden a clôturé sa campagne comme il l’avait commencée, et comme il l’a menée pendant des mois: dans la sobriété, la solennité et un sens assumé des responsabilités. Avec des masques et de la distance. A des années-lumière d’un Donald Trump qui aura tenu cinq meetings dans quatre Etats différents lundi, rassemblant, à chaque fois, des milliers de partisans exaltés.

Qui sortira vainqueur de ce duel si contrasté ? Parmi les nombreuses incertitudes liées à ce scrutin sans précédent, qui devrait mobiliser les Américains comme jamais depuis plus d’un siècle, figure l’impact sur les électeurs de ces campagnes diamétralement opposées. Le président sortant sera-t-il sanctionné pour son imprudence et, plus largement, sa gestion chaotique de l’épidémie ? Ou récompensé pour sa volonté assumée d’aller de l’avant sans se laisser entraver par le coronavirus ? Joe Biden récoltera-t-il les fruits d’une campagne très raisonnable, trop selon certains dans son propre camp, ou paiera-t-il le prix d’une mobilisation de terrain déficiente ? Les résultats de l’élection, qu’ils tombent dès la nuit prochaine ou dans plusieurs jours, apporteront sans doute des éléments de réponse.

Sur la scène de Philadelphie, lundi soir, John Legend partageait l'affiche avec la sénatrice de Californie Kamala Harris, candidate démocrate à la vice-présidence. «Votre vote est votre voix. Et votre voix est votre pouvoir. Ne laissez personne vous le prendre. L'heure est venue de se lever et de voter comme si nos vies en dépendaient parce que c'est le cas», a martelé la première femme noire à figurer sur le «ticket» d'un grand parti à la présidentielle américaine.

Sur un écriteau devant le pupitre, et sur l'écran géant derrière elle, le même slogan : «Bataille pour l'âme de notre nation», le leitmotiv de la campagne Biden depuis un an et demi. «Notre démocratie sera toujours aussi forte que notre volonté de nous battre pour elle, insiste Harris, qui invoque les générations futures. Un jour, nos enfants, nos petits-enfants nous regarderont dans les yeux et nous demanderont : "qu'avez-vous fait à ce moment-là?" Je veux pouvoir leur dire : nous avons tout ce qui était en notre pouvoir pour nous battre pour notre pays et pour leur futur. Alors faisons ça, et élisons Joe Biden à la présidence des Etats-Unis.»

«C’est un combat»

À 500 kilomètres vers l'ouest, à Pittsburgh, Joe Biden s'exprime quelques minutes plus tard. Les deux meetings, qui se tiennent en parallèle aux deux extrémités de la Pennsylvanie, n'en font qu'un, retransmis à tour de rôle sur les écrans géants et sur le site de la campagne. L'ancien vice-président grimpe sur scène à 21 heures, plaisante sur la rivalité historique, sportive notamment, entre l'ouest et l'est du Keystone State. «J'ai le sentiment que demain, nous allons nous réunir pour aller chercher une grande victoire», prédit l'enfant du pays, né à Scranton, dans le nord-est de l'Etat.

Pour cet ultime discours, le candidat démocrate déroule des éléments clés de son programme – salaire horaire minimum à 15 dollars (12,87 euros), lutte contre le changement climatique, fiscalité plus juste. Mais la personnalité de Donald Trump et l'épidémie de coronavirus dominent, comme toujours, le propos. Biden tacle son rival pour avoir laissé entendre qu'il limogerait après l'élection le docteur Anthony Fauci, l'épidémiologiste star aux Etats-Unis : «J'ai une meilleure idée. Virons Donald Trump et gardons le docteur Fauci.»

Dans un dernier effort pour mobiliser ceux n'ayant pas encore voté, Joe Biden incite les électeurs à faire triompher «l'espoir sur la peur», «l'unité sur la division», «la science sur la fiction» et «la vérité sur le mensonge». Comme Kamala Harris, il harangue : «Le pouvoir de changer ce pays est entre vos mains. Je me moque de savoir à quel point Donald Trump essaie, rien n'empêchera le peuple de cette nation de voter.»

Quelques minutes plus tôt, la chanteuse Lady Gaga l'avait précédé sur scène. Sweat blanc barré d'un JOE en majuscules noires, elle arrive avec des gants – il fait cinq degrés. Puis les retire : «Ce soir, on tombe les gants, parce que c'est un combat. Un combat pour ce en quoi vous croyez. Un combat pour ce que vous défendez. Ce n'est pas politique. Ce n'est pas rouge ou bleu. Il s'agit des gens.»

La star interprète ensuite le tube «Shallow», sans son partenaire Bradley Cooper mais avec sa voix unique. Le premier couplet sonne presque comme une prémonition : «Dis-moi quelque chose ma belle. Es-tu heureuse dans ce monde moderne ? Ou as-tu besoin de plus ? Y a-t-il quelque chose d'autre que tu cherches ? Je m'effondre. Dans tous les bons moments, je me retrouve à avoir envie de changement. Et dans les mauvais, je me fais peur.» Un peu comme l'Amérique, à quelques heures, désormais, d'un choix capital.

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