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Carte blanche

13 Novembre : «J’aurais dû avoir le temps d’être triste, comme tout le monde», par Hamé

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Dix ans plus tard, «Libération» a invité 13 artistes à revenir sur les attentats : comment ils les ont vécus, comment ils les ressentent encore aujourd’hui. Mohamed Bourokba, dit Hamé, membre du groupe La Rumeur, raconte l’effroi qui l’a saisi et cette «sensation poisseuse d’être associé à ce massacre».

Hamé. (Franck Ferville/Agence VU)
Par
Hamé
membre du groupe La Rumeur
Publié le 08/11/2025 à 12h03

Dix ans après les attentats du 13 novembre, «Libération» donne carte blanche à 13 artistes pour nous livrer leur regard sur les attaques et leurs conséquences. Souvenirs personnels, réflexions politiques, créations artistiques… retrouvez en kiosque ce numéro spécial de «Libération», «13 regards sur le 13 Novembre», et sur notre site.

A l’étage, mes enfants dorment, j’éteins France-Allemagne et m’isole pour parcourir la presse en ligne. Tout y est effrayant : les bilans provisoires, les innocents massacrés par dizaines, les images volées, les témoignages hagards, l’ampleur grandissante d’un carnage, la froide synchronisation des attaques et cette sensation que plus rien ne tiendra tout à fait debout au matin. Je connais ces terrasses, ces trottoirs, cette salle où j’ai déjà joué. Tout m’est familier. J’aurais pu y être. J’ai la chance d’être loin, en sécurité.

J’aurais dû avoir le temps d’être triste. Comme tout le monde. J’aurais dû pouvoir me figurer l’horreur sans qu’autre chose ne vienne s’y mêler, ne vienne troubler l’effroi, l’écraser.

Alors que le caractère jihadiste des attaques ne fait plus de doute, je ressens cette contraction intérieure, froide et sèche. Je la connais déjà depuis les tueries de Toulouse et Montauban, depuis Charlie Hebdo et l’Hyper

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