
2025, accords et désaccords : la rétro de l’année «Libé»
Un accord pour Gaza dévastée, des désaccords sans fin à l’Assemblée, Trump qui dynamite l’ordre mondial : 2025 aura été plus polarisée que jamais. Rétrospective d’une année clivée. — Tractations politiques, guerre à Gaza, provocations trumpiennes, morts de l’année… Retrouvez tous les articles de la rétro 2025 en cliquant sur ce lien.
Des accords, des désaccords, 2025 en aura fourni jusqu’à l’overdose tant l’année restera comme celle du clivage permanent, du campisme perpétuel, entretenu par une sphère médiatique – CNews en tête – où faire preuve de nuance semble être devenu une faute de goût. On sera pour ou contre l’inéligibilité de Marine Le Pen, l’incarcération de Nicolas Sarkozy, l’emploi du mot génocide pour Gaza, la reprise des travaux de l’A69, France Inter, la suppression des ZFE, la loi Duplomb, Rachida Dati, la reconnaissance de la Palestine, l’élection à New York de Zohran Mamdani, le prêt de la tapisserie de Bayeux au Royaume-Uni, le phénomène Bad Bunny, le loup d’Intermarché et même la condamnation de Cédric Jubillar.
A l’étranger, un nouveau désordre mondial
Gaza, un enfer sans fin
On avait bien cru commencer 2025 avec un accord à Gaza. Joe Biden était encore à la Maison Blanche pour quelques jours quand la signature d’un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas avait fait naître un petit espoir. Moins d’un mois plus tard, la reprise des bombardements et l’intensification de l’horreur mèneront l’enclave et sa population aux portes de l’anéantissement, atteignant de telles extrémités que les mots famine et génocide s’imposeront dans le débat public.
Si 2025 est pourtant bien l’année d’un accord pour Gaza, il n’est venu qu’en octobre par l’entremise de l’imprévisible Donald Trump. Un accord à la fragilité extrême (Israël n’a pas stoppé toutes ses frappes), dont il n’est pas même certain qu’il permette de parler de Gaza au futur.
Trump en roue libre
Des accords, des désaccords, Trump aussi en aura mis en scène. Depuis le 20 janvier, date de son retour à la Maison Blanche, sa bromance puis sa rupture avec l’inquiétant Elon Musk, son rapprochement puis ses remontrances à l’égard de Vladimir Poutine, l’ahurissante humiliation de Volodymyr Zelensky dans le Bureau ovale, le président américain fait de l’exacerbation sans filtre des clivages une méthode politique : le monde selon Trump se divise entre ceux qui sont d’accord avec lui et ceux qui ne le sont pas – être rangé dans une catégorie un jour ne garantissant pas de ne pas être versé dans l’autre le lendemain, d’un simple post.
La rupture la plus vertigineuse étant le sabordage en règle de l’ordre mondial conçu en 1945 : la nouvelle doctrine de sécurité américaine provoque ouvertement l’Europe, comme l’illustre déjà la position conciliante vis-à-vis de Moscou concernant l’Ukraine. De quoi inciter les pays européens à se lancer dans une politique de réarmement (la France envisageant même le rétablissement d’une forme de service militaire) actant le désengagement américain.
Un pape dans la continuité
Leur accord, c’est autour du nom d’un outsider américano-péruvien que les cardinaux l’ont bâti, dans le secret de la Chapelle Sixtine. La mort de François, pape du Sud global et défenseur des migrants n’a pas provoqué de backlash réactionnaire au Vatican. Léon XIV, affable et ouvert, s’inscrivant dès son intronisation dans les pas de son prédécesseur argentin.
Gen Z, des réseaux à la rue
Ses désaccords, c’est dans la rue (et en ligne) que la génération Z les exprime. Du Maroc au Pérou, du Kenya au Népal, la génération des vingtenaires exprime sa colère contre le népotisme, la corruption, la vie chère, les atteintes environnementales, les discriminations, ébranlant des pouvoirs en place illibéraux et/ou vieillissants et dessinant à l’échelle internationale un engagement politique résonant d’un continent à l’autre.
Entre l’Algérie et la France, le bras de fer
Les désaccords entre France et Algérie, eux, auront pris en 2025 la forme d’un bras de fer sans fin auquel le sort de l’écrivain Boualem Sansal et du journaliste Christophe Gleizes, emprisonnés par Alger, aura donné un tour tragique. Si le premier a finalement été libéré en novembre après le départ de Bruno Retailleau du ministère de l’Intérieur, le second reste enfermé dans les geôles algériennes.
La France en ébullition
Un gouvernement instable
En France, on avait cru lancer 2025 sous les auspices d’un accord. Celui, de non-censure, qui avait permis à François Bayrou de subtiliser les clés de Matignon dans les derniers jours de 2024. Mais le centriste était plus velléitaire que prestidigitateur. S’il a réussi à planquer sous le tapis les désaccords d’un «socle» qui n’avait plus de «commun» que le nom, il n’a pu empêcher, au terme d’un printemps et d’un été où la confusion a semblé lui tenir lieu de ligne de conduite, l’échec d’un impossible vote de confiance où il précipita lui-même sa chute.
Ce sera le coup d’envoi d’un ahurissant étalage de désaccords dans tous les camps, où le théâtre politique tiendra du vaudeville, transformant l’arrivée de Sébastien Lecornu (et de son premier gouvernement de… 836 minutes) en une séquence oscillant entre gag et consternation. Taxe Zucman, participation au gouvernement, utilisation du 49.3, suspension de la réforme des retraites… dans chaque camp, dans chaque tendance, la cacophonie prendra toute la place. Et dire que l’éclatement de l’Assemblée devait forcer aux compromis…
Rupture de gauche à droite
Ses désaccords, c’est au grand jour que la gauche les donne à voir. Entre gauche de rupture siglée LFI et social-démocratie arborant une rose au poing, les insultes volent bas, la rupture se consommant quand le PS dealera l’existence du gouvernement Lecornu contre une promesse de suspension de la réforme des retraites (d’autres diront décalage). Un gouvernement sans LR, Retailleau claquant la porte pour incarner l’intransigeance droitière (c’est pourtant son concurrent Laurent Wauquiez qui n’avait pas craint, au moment où il s’était agi de briguer la présidence du parti, de proposer d’envoyer à Saint-Pierre-et-Miquelon toute personne faisant l’objet d’une OQTF…)
Vers un Etat de Nouvelle-Calédonie
Cet accord-là avait pris tout le monde par surprise au début de l’été : le 12 juillet, après dix jours de huis clos à Bougival dans les Yvelines, les responsables calédoniens paraphent un texte historique inscrivant notamment dans la Constitution un «Etat de Nouvelle-Calédonie», une double nationalité et le transfert de compétences régaliennes. Si le FLNKS a formellement rejeté l’accord en août, le processus n’est pas complètement éteint pour autant.
Des bonnes nouvelles quand même
Heureusement, quelques moments ont été épargnés par la conflictualité ambiante : le sacre européen du PSG, la panthéonisation de Robert Badinter, la promotion d’Alfred Dreyfus à titre posthume… De l’enthousiasme et des bonnes nouvelles, le service culture s’en est fait l’écho tout au long de l’année avec ses coups de foudre pour, entre autres, the Brutalist ou Sirat côté cinéma, le nouvel album de Rosalia sur le front du son, les séries Los Años Nuevos ou Pluribus sur les plateformes.
Les tops du service culture de Libé
Tout n’est pas à jeter dans 2025. On aura gagné des mots qui n’existaient pas ou qu’on ne connaissait pas («Doge», «Deepseek» ou «Labubu»). Renouvelables en hausse, cadre juridique mondial contre le réchauffement climatique, tigres et tortues en meilleure forme… une poignée de lueurs d’espoir subsistent dans cette année plutôt noire pour le climat. Et surtout, pour la première fois depuis plus de cent ans, on a pu sortir nos maillots de bain sur les quais de la Seine. Ça nous a rappelé les Jeux olympiques de 2024, cet été enchanté et suspendu avant la tornade Trump et les chaises musicales permanentes à Matignon. Alors faire quelques brasses avec vue sur Notre-Dame ? On est d’accord.
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A Libé, une année d’enquêtes
En 2025, Libé a démultiplié les enquêtes dans tous les secteurs. En voici quelques exemples. En avril, on s’est intéressé au patrimoine de Rachida Dati. Montres, bracelets, colliers, bagues… La ministre de la Culture et maire du VIIe arrondissement de Paris n’a pas déclaré une série d’objets de luxe à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique.
En juillet, Libération lève le voile sur un phénomène inquiétant :15 000 à 20 000 adolescentes, certaines âgées d’à peine 12 ans, se prostituent. Des clients cherchent ostensiblement des physiques enfantins mais sont très peu inquiétés par la justice.
En novembre, la publication des vidéos issues des caméras des gendarmes à Sainte-Soline atteste de violences policières assumées, du moins sur le moment, par les forces de l’ordre, notamment avec l’usage de tirs tendus.
Dans un autre genre hardcore, CheckNews a regardé un mois de CNews pour déterminer si la chaîne Bolloré favorisait bien la droite et l’extrême droite sur son antenne. Alors, à votre avis ? La réponse est à retrouver sur cette page qui rassemble toutes nos enquêtes.