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Rétro 2025

Affaire Bétharram, Sarkozy en prison, Louvre braqué, narcotrafic… L’année 2025 en France

De la panthéonisation de Robert Badinter à la mort en direct de Jean Pormanove, en passant par les cryptorapts et l’inéligibilité de Marine Le Pen, tour d’horizon des événements qui ont marqué l’actualité française.

Audition du Premier ministre, François Bayrou, par la commission d‘enquête parlementaire sur les violences dans les établissements scolaires, le 14 mai 2025. (Albert Facelly/Libération)

Tractations politiques, guerre à Gaza, provocations trumpiennes, morts de l’année… Retrouvez tous les articles de la rétro 2025 en cliquant sur ce lien.

Matignon, maison maudite ?

Quelle vue a-t-on depuis la balustrade en fer forgé, au premier étage de Matignon ? Vue sur le plus grand jardin privé de Paris, mais encore ? Un «Himalaya de difficultés», a aperçu François Bayrou. Et, sans doute, l’épais brouillard tombé sur la vie politique depuis les législatives de 2024. Déballe-t-on encore ses cartons en s’installant à Matignon ? Y met-on sa patte ? S’assied-on confortablement dans un siège éjectable ? Sous la Ve, nombre de Premiers ministres ont confirmé la solide réputation de l’«enfer de Matignon». En 2024, le bail a viré à la malédiction. 2025, année plus zen au 57 rue de Varenne ? Après avoir vu leurs prédécesseurs sèchement remplacée (Elisabeth Borne), foudroyé par la dissolution (Gabriel Attal) ou censuré sans pitié (Michel Barnier), voilà toutefois François Bayrou et Sébastien Lecornu mis en condition !

Affaire Bétharram : onde de choc dans les écoles privées

Février 2025. François Bayrou n’est Premier ministre que depuis quelques semaines lorsqu’une question insistante le rattrape : a-t-il été informé des violences sexuelles et physiques commises pendant des décennies au collège-lycée Notre-Dame-de-Bétharram ? L’établissement catholique privé sous contrat où il a scolarisé ses propres enfants, à quelques kilomètres de Pau – la ville dont il est maire –, est alors au cœur d’un scandale majeur, visé par des dizaines de plaintes d’anciens élèves. Depuis des mois, le baron local Bayrou assure n’avoir jamais rien su, malgré ses liens étroits avec cette institution, connu pour sa discipline de fer. Pas de bol, Mediapart prouve le contraire en démontrant qu’il avait été alerté dès les années 90, alors qu’il était ministre de l’Education nationale, puis président du conseil général des Pyrénées-Atlantiques en charge de la protection de l’enfance. Le scandale, jusqu’ici local, change d’échelle et libère rapidement d’autres récits : un peu partout en France, d’anciens élèves d’écoles catholiques privées sous contrat décrivent à leur tour des violences longtemps tues ou minimisées par les directions, les congrégations ou les notables locaux. Dans la foulée, l’Assemblée nationale crée une commission d’enquête sur les violences en milieu scolaire. Après quatre mois d’auditions, le rapport, rendu le 2 juillet, présente Bétharram (plus de 250 plaintes à ce jour) comme un cas d’école : alertes ignorées, rotation discrète des agresseurs, protection de l’image de l’établissement, inertie des autorités publiques. La commission établit que François Bayrou avait bien reçu des informations sur des violences graves à Bétharram et «disposait des moyens d’agir». Ce dernier conteste toute responsabilité. L’affaire a aussi mis au jour un angle mort : les établissements privés sous contrat, pourtant financés à 73 % par les fonds publics, échappaient jusqu’ici à tout contrôle et n’avaient pas l’obligation de faire remonter les signalements. Sous pression, le gouvernement a lancé son plan «Brisons le silence», avec l’objectif de contrôler 40 % des établissements d’ici 2027. Plus de 850 inspections ont été réalisées depuis. C.Bf

Jean Pormanove, la mort en direct

Dans la nuit du dimanche 17 au lundi 18 août, les internautes ont assisté au décès de Jean Pormanove, de son vrai nom Raphaël Graven, 46 ans, sur la plateforme Kick. Depuis plus de 298 heures, il participait avec d’autres streamers à un live alternant humiliations et jeux divers. Les images filmées pendant son sommeil sont glaçantes : on le voit se tourner, chercher sa respiration avant de s’éteindre devant les caméras. Elles ont ému jusqu’au sommet de l’Etat, la ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique, Clara Chappaz, critiquée pour son manque de réaction a annoncé peu de temps après son décès «intenter une action au tribunal judiciaire pour manquements» contre la plateforme australienne réputée très permissive, estimant qu’elle a sa part de responsabilité. Avant sa mort, de nombreux internautes avaient alerté sur les conditions dans lesquelles se déroulaient les lives, Pormanove étant régulièrement molesté, moqué voire harcelé selon eux par Owen Cenazandotti, 26 ans, et Safine Hamadi, 23 ans. Les deux compères s’en défendent depuis, le décès n’étant pas lié, selon l’autopsie, à l’intervention d’un tiers. G.K.

Robert Badinter, émotion au Panthéon

La panthéonisation se voulait sobre conformément au souhait des proches de Robert Badinter. Le 9 octobre, dans un épais silence, six hommes vêtus de noir ont porté la bière de l’ancien avocat et homme d’Etat jusqu’à un promontoire blanc au centre de la rue Soufflot. De timides applaudissements, quelques larmes écrasées. La lecture d’un discours de Victor Hugo contre la peine de mort par Guillaume Gallienne, un intermède musical par Julien Clerc – l’Assassin assassiné – et au bout du chemin, sur l’air de Lascia ch’io pianga de Georg Friedrich Haendel, le cénotaphe est posé au centre du Panthéon, sous les yeux d’Elisabeth Badinter et du président de la République. En haut de la montagne Sainte-Geneviève, sous la nef, de nombreuses personnalités publiques et politiques étaient réunies pour un dernier hommage. «Il entre au Panthéon avec les Lumières et l’esprit de 1789, avec les principes de l’Etat de droit […], inséparable de l’idéal républicain. Et dans cet instant, nous entendons sa voix», s’est ému Emmanuel Macron. G.K.

Nicolas Sarkozy : un bracelet puis la Santé

Jamais un ancien président n’avait effectué une peine de prison sous bracelet électronique. Jamais un ancien président n’avait été condamné à cinq ans de prison ferme. Jamais un ancien président n’avait été incarcéré. Jamais un ancien président n’avait été définitivement condamné dans deux affaires politico-financières. Et jamais un ancien président n’avait été déchu de la légion d’honneur. Voilà pourtant à quoi se résume l’année 2025 pour l’ancien chef de l’Etat, Nicolas Sarkozy. De janvier à avril, ce dernier a comparu devant le tribunal correctionnel, aux côtés d’une dizaine d’autres prévenus, dont ses anciens plus proches collaborateurs, Claude Guéant et Brice Hortefeux. Pour le tribunal, le pacte corruptif passé entre eux et le régime libyen, notamment représenté par le terroriste Abdallah Senoussi, avait «pour objet de préparer une corruption au plus haut niveau possible», et il est d’une «gravité exceptionnelle» et «de nature à altérer la confiance des citoyens». Nicolas Sarkozy sera resté incarcéré vingt-et-un jours à la Santé fin octobre et début novembre. Un nouveau procès est prévu au printemps 2026. I.Hal.

Au Louvre, braquage en plein jour

Dimanche 19 octobre, 9h30 : un commando de pieds nickelés parvient à pénétrer à l’aide d’un monte-charge dans la galerie d’Apollon, sur la façade arrière du Louvre. Armés de disqueuses, ils raflent les joyaux de la couronne de France : butin estimé à 88 millions d’euros. En huit minutes top chrono, ce commando à scooter réussit le double exploit de réaliser le casse du siècle mais surtout le coup médiatique de l’année. Les déclinistes de tous bords y voient le signe d’un effondrement national tandis que les défenseurs du service public en profitent pour dénoncer le désengagement de plus en plus criant de l’Etat. Reste que l’événement rocambolesque, auquel ont succédé différents épisodes plus ou moins alarmants (risque d’affaissement et autres inondations), a mis le doigt sur une réalité : le Louvre s’écroule et le Louvre explose, avec une surfréquentation de plus en plus ingérable. Laurence des Cars, soutenue par Emmanuel Macron venu en personne, au début de l’année 2025, annoncer les grandes lignes du projet Louvre Nouvelle Renaissance, veut y voir le signe qu’il est grand temps d’écrire ce nouveau chapitre du plus grand musée du monde. D’autres dénoncent, en ces temps de disette économique, un projet pharaonique et un fait du prince. C.Mo.

Rachida Dati, bijoux oubliés et Paris dans le viseur

Une année survolée en classe affaires. Toujours vissée au ministère de la Culture malgré la valse des Premiers ministres, Rachida Dati a traversé 2025 avec quelques turbulences. Sur le front judiciaire d’abord, entre son renvoi en correctionnelle dans l’affaire Ghosn et une enquête ouverte concernant ses bijoux non déclarés à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique. Des dossiers un brin embarrassants pour celle qui a obtenu, cet été, l’investiture de Les Républicains (LR), pour les municipales à Paris. Déjà en campagne, l’ex-ministre de Nicolas Sarkozy provoque quelques sueurs froides chez les macronistes, qui n’ont pas choisi de la soutenir, échaudés par son tempérament et le psychodrame de cet été, lorsqu’elle a menacé de se présenter à Paris face à Michel Barnier lors d’une législative partielle. Même rififi dans le champ parlementaire, où la ministre s’est tamponné la gauche et les syndicats de l’audiovisuel, remontés contre son projet de fusion de France Télévisions, Radio France et l’INA. Un projet pour l’heure au point mort. V.Bo.

Cyril Hanouna, de C8 à W9

Le petit monde de la télé bruissait de rumeurs en ce début d’année. Cyril Hanouna se trouvait alors à quelques semaines de rendre l’antenne de C8 : la chaîne de Vincent Bolloré s’était vue retirer sa fréquence TNT par l’Arcom. Où allaient donc pouvoir atterrir les outrances de Touche pas à mon poste ? Eh bien, dans le groupe M6 : Libé révélait le 24 janvier les négociations entre l’animateur et la Six – en même temps que la farouche opposition à sa venue de Karine Le Marchand, cible récurrente de TPMP, ou des journalistes du groupe, échaudés par sa tendance à promouvoir des idées d’extrême droite. Le feuilleton sur son avenir durera des semaines, Hanouna teasant au passage une improbable carrière politique. Finalement, pour sa dernière le 28 février, il confirme l’inattendu transfert. Ses nouveaux dirigeants chez M6 l’assurent : finis les discours politiques, place au pur divertissement. A la rentrée, voilà alors Hanouna aux manettes de Tout beau, tout n9uf, sur W9 et des après-midis de Fun radio. La recette n’a pas tant changé : si les tirades populistes se sont raréfiées, les blagues lourdingues sont toujours là. A.F.

Marine Le Pen, l’inéligibilité qui change tout

Jusqu’au dernier moment, elle sera restée dans le déni. Lundi 31 mars, au tribunal judiciaire de Paris, Marine Le Pen attend son jugement dans l’affaire des assistants parlementaires du RN au Parlement européen. Les réquisitions du parquet, quelques mois plus tôt, n’ont beau rien augurer de très bon, la trois fois candidate à la présidentielle refuse d’envisager le pire. C’est pourtant bien du maximum qu’elle écope : quatre ans de prison dont deux ferme, 100 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire, c’est-à-dire effet immédiat. Pour Le Pen, c’est la mort politique. La voilà qui fonce au siège du RN, pour préparer la riposte. Une centaine de cadres abasourdis sont convoqués en visioconférence. La députée confesse qu’elle ne s’y attendait pas. Le soir même, au 20 Heures de TF1, l’animal politique reprend du poil de la bête : «déni de démocratie», critique de la justice et démonstrations de combativité. Si son dauphin, Jordan Bardella, est «un atout formidable» – même s’il a eu en 2025 tendance à s’émanciper, tentant de créer les racines d’un destin personnel –, Le Pen espère qu’elle n’aura «pas à user de cet atout plus tôt qu’il n’est nécessaire». N.Ma.

Cryptorapts : kidnappings en série

En janvier, l’enlèvement de David Balland, cofondateur de la société de portefeuilles numériques Ledger, tenait du film d’action. Un entrepreneur crypto enlevé avec sa femme, 10 millions d’euros exigés, un doigt sectionné, un assaut du GIGN… L’affaire semblait hors norme. Elle s’est pourtant répétée au point de faire émerger un terme consacré : cryptorapts. Comprendre les enlèvements contre rançon d’acteurs du monde des cryptomonnaies ou de leurs proches. Fin janvier, un expert est kidnappé dans l’Aube. En mai, le père d’un millionnaire est capturé à Paris. Le même mois, la fille de Pierre Noizat, fondateur de la plateforme Paymium, fait l’objet d’une violente tentative d’enlèvement. La jeune femme, enceinte, est sauvée de justesse. Mais les images de la scène choquent jusqu’aux sphères du pouvoir. Bruno Retailleau, alors ministre de l’Intérieur, réunit en urgence les leaders du marché. Objectif : renforcer leur sécurité. Depuis les interpellations s’enchaînent, mais la série noire continue : en décembre, le père d’un entrepreneur a de nouveau été séquestré puis libéré. E.Vi.

Puget-sur-Argens, attentat raciste dans le Var

Pour la première fois depuis sa création en 2019, le Parquet national antiterroriste a ouvert, début juin, une enquête pour un attentat non déjoué et inspiré par une idéologie d’extrême droite. Le 31 mai, Christophe B., 53 ans, est soupçonné d’avoir tué son voisin Hichem Miraoui, un Tuniso-Italien de 45 ans, à Puget-sur-Argens (Var). Le premier conteste toute dimension terroriste et raciste à son geste. Une défense pourtant fragilisée par de nombreux éléments matériels : avant et après son passage à l’acte, Christophe B. a publié plusieurs vidéos sur son compte Facebook. Dans ce qui s’apparente à un manifeste politique raciste, il revendique son geste et appelle «les Français» à «se réveiller» et à l’imiter en s’en prenant aux «islamiques» (sic), signifiant son allégeance au drapeau «bleu-blanc-rouge». Il poursuit sa logorrhée en appelant ses auditeurs à «vote [r] bien la prochaine fois, votez qui il faut voter». Mis en examen, l’homme est actuellement en détention provisoire. S.M.

Nicolas Demorand, bipolaire à cœur ouvert

«Je suis un malade mental», déclarait Nicolas Demorand sur France Inter le 26 mars. Soit la veille de la publication d’un livre, Intérieur nuit (Les Arènes), révélant sa bipolarité. Sortie-événement pour un essai gardé secret jusqu’au dernier moment. Le matinalier de la première radio de France y dévoile son errance médicale, entre psychanalystes douteux et montagnes d’antidépresseurs sans effets, avant le diagnostic délivré en 2016 à la suite de son entrée à Sainte-Anne. Il y raconte son métier aussi, «la radio, où il me faut parler quand parfois je préférerais me taire». Intérieur nuit sera un raz-de-marée médiatique, 160 000 exemplaires vendus, entraînant une vague de libération de la parole sur la santé mentale. Une année éprouvante aussi pour Nicolas Demorand, qui a rempilé pour une nouvelle saison de matinale, malgré le départ de son acolyte Léa Salamé pour France 2. En cette fin d’année, il aura été éloigné de l’antenne par un «besoin de repos» selon la directrice d’Inter Adèle Van Reeth : «Il reviendra dès qu’il se sentira de nouveau en forme.» A.F.

Narcotrafic, le choc Kessaci

Silhouette de colosse, voix douce, et des mots qui portent. Le 13 novembre, le militant anti-narcotrafic Amine Kessaci a perdu son frère Mehdi, probablement victime d’un «assassinat d’intimidation» à Marseille. Cinq ans auparavant, son frère Brahim avait lui aussi été tué, retrouvé calciné dans une voiture après un règlement de comptes entre trafiquants de drogue. Amine Kessaci, 22 ans, vit depuis plusieurs mois sous protection policière permanente. Une existence chamboulée par son combat contre le narcobanditisme, d’abord mené sans grands moyens à Marseille, avant que le meurtre de Mehdi, qui rêvait de devenir policier, ne le fasse accéder à un autre statut. Lui ne veut pas être un symbole, appelle à un sursaut de toute la société, à une réponse étatique qui ne soit pas uniquement sécuritaire. L’année 2025 n’a pas manqué d’initiatives tous azimuts : loi du 13 juin pour «sortir la France du piège du narcotrafic», ouverture de quartiers de haute sécurité pour les trafiquants détenus, avant qu’un parquet national anti-criminalité organisée ne voit le jour, le 1er janvier 2026. S.M.

Nouvelle-Calédonie : Bougival, accord fragile

Ses partisans l’ont qualifié d’«historique», ils ont depuis déchanté. Six mois après sa signature le 12 juillet dans les Yvelines, entre les différents partis politiques de Nouvelle-Calédonie (indépendantistes et non-indépendantistes) et l’Etat français, l’accord de Bougival apparaît très fragilisé, alors que l’archipel du Pacifique peine à se relever des violences commises lors de la révolte de mai 2024 contre le dégel du corps électoral. Entériné après plusieurs mois d’âpres négociations sous la houlette du ministre des Outre-Mer d’alors, Manuel Valls, ensuite débarqué du gouvernement Lecornu II, ce projet intitulé «Pari de la confiance» vise à définir le futur statut institutionnel de la Nouvelle-Calédonie, dans la continuité de l’accord de Nouméa de 1998, afin de garantir le «destin commun» de toutes ses communautés. Rejeté en août par les indépendantistes du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), qui estime qu’il minore la place accordée au peuple premier de l’île, il fera l’objet de nouvelles discussions à partir du 16 janvier avec les élus calédoniens, à l’initiative du président de la République. M.Da.

Le Scouarnec, Jubillar, Péchier : la France aux assises

Une année particulièrement éprouvante dans les prétoires. Les assises du Morbihan ont jugé le plus grand pédocriminel français, Joël Le Scouarnec, et ses carnets immondes. L’ex-chirurgien de 74 ans a été condamné à 20 ans de réclusion pour les viols et agressions sexuelles de 299 patients. Age moyen : 11 ans. A Paris, se jouait concomitamment, dans un tout autre registre, un autre procès historique : celui d’ex-geôliers de l’Etat islamique, parmi lesquels Mehdi Nemmouche. Une plongée inédite dans l’enfer totalitaire des prisons de Daech, où furent séquestrés et torturés 25 Occidentaux, parmi lesquels quatre journalistes français, et des milliers de Syriens. L’auteur de l’attentat du musée juif de Bruxelles a de nouveau écopé de la perpétuité. Le dernier semestre 2025 fut un tourbillon judiciaire avec le procès plus qu’attendu et ultramédiatisé du Tarnais Cédric Jubillar, condamné à 30 ans de réclusion criminelle pour le féminicide de son épouse Delphine Aussaguel, 33 ans, dont le corps n’a jamais été retrouvé (il a fait appel). Mais aussi l’audience hors norme qui a vu comparaître l’ex-anesthésiste Frédéric Péchier jugé pour l’empoisonnement de 30 patients, dont 12 sont morts, dans deux cliniques bisontines. Verdict ? Perpétuité assortie de 22 ans de sûreté. Il a fait appel. C.P.-R.

A69, l’autoroute s’arrête puis redémarre

L’A69, ce ruban de bitume de 53 kilomètres en construction entre Toulouse et Castres, devenu symbole des infrastructures contestées pour leur impact environnemental, est – pour l’instant – illégale. Mais plus pour longtemps. Le 11 décembre, le rapporteur public a demandé à la cour administrative d’appel de Toulouse de réautoriser le chantier, stoppé net le 27 février lorsque la justice a fait tomber les autorisations de ce projet, censé détruire plus de 300 hectares de terres naturelles et agricoles. Une décision qui a suscité la colère du gouvernement, qui juge la situation «ubuesque». En plus de faire appel, l’Etat avait donc exigé un «sursis à exécution», accordé par la justice le 28 mai, pour que les travaux reprennent sans délai. De leur côté, des élus du Tarn pro-A69 ont décidé de contourner la justice et de déposer une loi dite «de validation» pour entériner la construction de l’autoroute, malgré les farouches oppositions. Après un parcours chaotique au Parlement, le texte est finalement adopté fin juin en commission mixte paritaire. La décision de l’appel sera connue le 30 décembre, mais les pelleteuses, elles, ont déjà repris leur travail. E.Di.

Dermatose nodulaire, la colère paysanne

C’est l’épizootie (une épidémie qui ne concerne que les animaux) que personne n’avait vu venir, et qui a rallumé la colère paysanne. La dermatose nodulaire contagieuse, dite DNC, est apparue en Savoie fin juin. Transmise par des piqûres d’insectes, elle peut décimer les cheptels bovins qui ne sont pas immunisés contre cette maladie jusqu’ici inconnue en France. Pas contagieuse à l’homme, elle est classée comme «normalement absente de l’Union européenne». Son éradication doit donc être «immédiate» : ce qui veut dire que dès qu’un troupeau est infecté, toutes les bêtes doivent être euthanasiées. La Coordination rurale et la Confédération paysanne alertent sur les dégâts psychologiques et économiques d’une telle stratégie, défendue par la FNSEA. Alors que les foyers détectés cet été en Auvergne-Rhône-Alpes ont tous été gérés, la maladie s’est étendue à l’Occitanie cet automne. La découverte d’un cas début décembre en Ariège a mis le feu aux poudres. Dans cette région où l’élevage est déjà en difficulté, les barrages ont refait leur apparition. Puis ils se sont peu à peu étendus au reste de la France, sur fond de contestation plus globale contre le Mercosur. La signature de ce traité de libre-échange a été reportée à janvier, mais les syndicats ont tous prévenu : malgré une accalmie pour les fêtes, la colère agricole devrait reprendre en début d’année. P.M.

Beaubourg, ce n’est qu’un au revoir

Pouvait-on faire autrement que de fermer totalement ? Certes, il y eut des débats houleux, beaucoup défendaient l’idée d’un échelonnage des travaux du génial paquebot tubulaire de Piano et Rogers, sorti de terre en 1977. Mais le président du centre Pompidou, Laurent Le Bon, a tranché. Convoquant l’imaginaire du déluge (qui filtrerait par tous les pores) et le souvenir de la catastrophe de Furiani, il déclencha au printemps la fermeture en trois temps de ce monument de la capitale, modèle inédit de réinvention des pratiques culturelles articulant un musée à un centre pluridisciplinaire. En mars, c’est d’abord la Bibliothèque publique d’information et ses 1,3 million de lecteurs annuels qui vidait le niveau 2 du bâtiment, laissant un terrain de jeu extraordinaire à Wolfgang Tillmans pour une expo conçue comme un gigantesque kaléidoscope. Puis, ce fut au tour des niveaux 4 et 6, dévolus aux expositions permanentes, de mobiliser plus de 1500 semi-remorques pour déménager 150 000 œuvres. Finalement, c’est avec un feu d’artifice XXL de Cai Guo-Qiang, qui embrasa toute la façade, que Beaubourg signait, fin octobre, la fin, provisoire, de l’aventure. C.Mo.

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