Tractations politiques, guerre à Gaza, provocations trumpiennes, morts de l’année… Retrouvez tous les articles de la rétro 2025 en cliquant sur ce lien.
Shein
Grand écart pour la plateforme d’ultra fast-fashion Shein (prononcez «Chi-ine») qui revendique 23 millions de clients en France : elle oscille entre les projecteurs du sixième étage du centenaire BHV Marais et le parquet de la salle d’audience 2.12 du tribunal judiciaire de Paris. Le gouvernement avait fait de son interdiction pour trois mois son cheval de bataille (mais la justice a retoqué sa demande) depuis la découverte de poupées pédopornographiques et d’armes blanches en vente sur sa marketplace fin octobre. En gage de bonne foi, le site, fustigé pour ses pratiques sociales et environnementales et condamné pour tromperie commerciale, l’a suspendue sine die. Mauvais timing pour l’apprenti entrepreneur Frédéric Merlin qui avait déroulé le tapis rouge à la marque pour relancer le BHV, plombé financièrement. Depuis l’inauguration du corner Shein le 5 novembre, son vaisseau amiral est devenu vaisseau fantôme après la désertion des marques en raison d’impayés. Si le projet était de glisser du Shein sous le sapin, c’est raté : malgré 300 000 visiteurs en novembre, les ventes n’ont pas suivi – des prix jugés trop élevés et des vêtements démodés. Résultat, l’ouverture des corners Shein prévus dans cinq ex-Galeries Lafayettes hors de Paris sont renvoyés aux calendes grecques. I.V.
Zucman
Devinette. Quel patronyme a été cité 136 fois dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale le 31 octobre ? Réponse : Zucman. Les députés, huit mois après l’avoir approuvé, ont écarté ce jour-là, en discutant du budget pour 2026, l’impôt plancher sur le patrimoine des milliardaires proposé par cet économiste de 39 ans. Son idée ? Que les gigariches cessent de payer proportionnellement moins d’impôts que les autres en s’assurant que les 1800 ménages dont le patrimoine excède 100 millions d’euros paient au moins 2 % d’impôts sur leur fortune. Plus cette mesure populaire de justice fiscale a trouvé de l’écho – notamment parce qu’un temps, les socialistes en ont fait une condition de non-censure du gouvernement Lecornu –, plus ses détracteurs se sont déchaînés. Parmi eux, des économistes, et notamment le lauréat du Nobel 2025, Philippe Aghion, la droite, la macronie ou l’extrême droite, les patrons de la tech et celui de LVMH, Bernard Arnault. L’homme le plus riche du pays a choisi de dénigrer ce professeur de la fac de Stanford en Californie et de l’Ecole normale supérieure, l’affublant d’une «pseudo-compétence universitaire». Gabriel Zucman avait rétorqué sur les réseaux sociaux, où il débobine ses argumentaires : «La fébrilité n’excuse pas la calomnie.» A.-S.L.
Dubai chocolate
En tête de gondole des supermarchés ou dans les vitrines des chocolatiers, impossible d’être passé à côté du chocolat Dubaï. D’abord introuvable (à moins de se rendre dans l’émirat), cette tablette fourrée à la pâte de pistache et aux cheveux d’ange, création de l’entrepreneuse anglo-égyptienne Sarah Hamouda, devenue virale sur les réseaux sociaux, a été reproduite et réinterprétée pour finalement s’imposer comme un nouveau parfum de chocolat. On en a vu aussi bien chez le géant suisse Lindt ou dans les rayons de Lidl que chez le pâtissier haut de gamme Yann Couvreur. Dopée par cet engouement, la pistache s’invite désormais partout, des sundaes de McDo aux viennoiseries des boulangeries - parfois jusqu’à l’overdose. Une demande qui a provoqué des tensions dans l’approvisionnement du fruit sec et des prix plus élevés, alors que la totalité des pistaches dégustées en France sont importées, notamment depuis la Californie. De quoi donner des perspectives aux producteurs qui commencent à se lancer en Provence. Une avalanche verte. J.Db.
Duplomb
Alors que le sénateur qui en est à l’origine était encore quasi inconnu il y a un an, «sa» loi est devenue synonyme du clivage entre partisans de l’agro-industrie et de l’agroécologie. En plein été, elle a même réussi à rassembler contre elle plus de deux millions de signatures pour demander son abrogation. Le 7 janvier, la pétition contre la loi sera d’ailleurs enfin discutée à l’Assemblée nationale. Le texte, de son nom complet «visant à lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur», entaille encore un peu plus plusieurs réglementations environnementales. La mesure la plus polémique, la réintroduction de l’acétamipride, un insecticide de la famille des néonicotinoïdes (ces pesticides dits «tueurs d’abeilles») qui inquiète pour la santé humaine, a finalement été censurée par le Conseil constitutionnel. Mais elle pourrait revenir par la fenêtre, la FNSEA réclamant un nouveau texte pour réintroduire le produit par dérogation. Il prévient fièrement : Laurent Duplomb planche déjà dessus. P.M.
A23a
Un mastodonte de glace dérive dans l’océan austral. A23a est l’un des plus grands et des plus vieux icebergs jamais observés par les satellites. Fruit d’une immense plateforme de glace qui s’est détachée en 1986 à l’est de la péninsule antarctique, il s’est cette année dangereusement rapproché de la Géorgie du sud, une île britannique, transportant sur son dos une ancienne base de recherche soviétique. Au grand soulagement des scientifiques, l’immense bloc de glace ne semble pas avoir causé de tort aux millions de manchots, éléphants de mer, otaries et albatros dont regorge l’île britannique. Pris dans le courant circumpolaire antarctique, A23a poursuit actuellement patiemment sa route en direction du nord, éclaté en divers morceaux dont le plus imposant mesure désormais un peu moins de 1 400 km² – soit la superficie des îles Féroé. Son épopée glaciale devrait prendre fin dans les mois à venir, à mesure que les eaux réchauffées de l’été austral érodent son corps gelé. J.R.-M.
DeepSeek
Cette petite start-up chinoise a, le 20 janvier, déclenché une déflagration mondiale sur le marché de l’IA. En cause : la sortie de son modèle de raisonnement DeepSeek-R1, ultraperformant et dix fois moins coûteux à entraîner que l’américain ChatGPT. Du moins, c’est ce qu’affirmait l’entreprise dont les chiffres sont désormais remis en question. Il n’en reste pas moins que la baleine bleue, logo de la société, a donné le ton : 2025 serait le théâtre d’une course féroce et internationale à l’IA. Sur l’échiquier, la France a tenté de se faire une place en organisant en grande pompe le Sommet de l’IA dès février.
GPT-5, Sora 2, Gemini Nano Banana… Au fil des mois, OpenAI et Google ont abattu carte sur carte, avec des innovations toujours plus waouh. De quoi faire s’envoler les cours de Bourse. Microsoft a vu sa valorisation décoller à 4000 milliards de dollars en juillet. Le fabricant de puces Nvidia a franchi les 5000 milliards en octobre. Mais après l’euphorie, place à l’inquiétude. Face à la démesure financière, une question : et si une bulle IA éclatait ? E.Vi.
DOGE
La soirée d’investiture de Donald Trump avait offert une scène stupéfiante : Elon Musk, enfant de l’apartheid sud-africain et admirateur déclaré de l’AfD allemande, esquissant sur scène un salut nazi. Devenu le nouveau BFF du président américain, dont il a généreusement financé la campagne, le patron de Tesla et Space X a pris les rênes du DOGE, le «Département de l’efficacité gouvernementale», chargé de tailler dans les dépenses fédérales à la manière d’un bûcheron, tronçonneuse à la main, un symbole emprunté à l’Argentin Javier Milei. La lune de miel entre les deux milliardaires s’est toutefois fracassée fin mai dans une tempête d’insultes et de menaces. Et Musk est retourné au chevet de Tesla, à l’image ternie par son engagement politique. En Europe, les ventes ont chuté de près de 40 % en 2025. Depuis, le DOGE vivote. Son bilan ? Une purge administrative sans précédent – environ 300 000 fonctionnaires licenciés ou poussés vers la sortie, soit 12 % des effectifs – mais des économies dérisoires, très loin de l’objectif chimérique de mille milliards de dollars. F.A.
Labubu
Les Labubu, créatures espiègles aussi vilaines qu’irrésistibles, ont gagné un statut de phénomène qui a largement dépassé les cours d’école. Ces peluches aux airs de petits monstres, dotées de dents pointues, d’oreilles de lapin et de grands yeux à la Murakami, resteront comme l’un des grands succès commerciaux de 2025. Imaginé par l’illustrateur d’origine hongkongaise Kasing Lung, le Labubu est d’abord né dans les livres et la série The Monsters. La société chinoise Pop Mart qui commercialise la version peluche a réalisé un chiffre d’affaires d’1,84 milliard d’euros au premier semestre 2025, soit + 204,4 % par rapport à la même période de 2024. Les Labubu mêlent l’esprit du toy asiatique et le folklore scandinave qui a marqué l’enfance de Kasing Lung. Leur succès s’explique par de multiples facteurs : chaque personnage est vendu dans une boîte mystère pour créer un effet de surprise ; les enfants peuvent facilement l’accrocher à leur cartable. Pop Mart a par ailleurs réussi un coup de maître en faisant du Labubu un charm, ces porte-clefs fashion que les adultes s’amusent à assortir à leur sac à main. Diabolique on vous dit. M.O.
Sirât
Sirât, en 2025, c’était un manège à sensations. La promesse de sortir du cinéma plus vivant qu’en entrant. Elu sujet d’engueulade de l’année, prix du jury à Cannes, le film-odyssée a connu un destin imprévisible, phénomène en France (700 000 entrées) comme en Espagne, dont il portera les couleurs aux oscars. Des succès inédits pour son auteur jusqu’ici confidentiel : le Galicien Oliver Laxe, croisement ésotérique entre un Jésus de la Renaissance, un personnage de Game of Thrones et votre dealeur de champis. En arabe, sirât désigne le pont suspendu au-dessus de l’enfer. A l’écran, un convoi de marginaux s’enfonce dans le désert, à la poursuite d’une rave de la fin du monde où un père (Sergi López) espère retrouver sa fille disparue. Aidée par l’actualité, l’époque s’y est reconnue. Celle d’une humanité en équilibre sur un champ de mines, brûlant de déserter. Après Sirât, le déluge. L’évocation du Sahara-Occidental, terre de conflit militarisé, a fait parler. Tout comme le nihilisme des héros, éclopés sublimes (vrais teufeurs dans la vie), punis par le réel qu’ils croyaient fuir. Attention, film piégé, future œuvre culte. S.O.
Takata
C’est un mot qui effraie les automobilistes et dont la résonance a pris une tournure particulière en 2025 : Takata, du nom d’une entreprise japonaise qui a mis au moins 100 millions d’airbags en circulation (toutes marques automobiles confondues ou presque) avant de faire faillite en 2017. Problème : l’humidité peut engendrer une explosion trop puissante de l’airbag et projeter des pièces métalliques dans tout l’habitacle. Et donc dans le visage ou le corps de ses passagers. Début décembre, en France, une vingtième personne a trouvé la mort, à Saint-Denis La Réunion – 18 victimes se trouvaient en outre-mer. Si tous les constructeurs sont concernés – ce problème a entraîné le plus grand rappel mondial de l’histoire du secteur –, Stellantis a été attaqué cette année dans deux actions de groupe, intentées par UFC Que Choisir et CLCV, afin d’obtenir une indemnisation concernant la gestion de ces rappels. Lesquels se poursuivent, car, selon le gouvernement, 1,3 million de véhicules faisant l’objet d’une mesure de «stop drive» sont toujours en circulation. D.D.
Gen Z
Dans un monde ultra-polarisé, bulle de filtres contre bulle de filtres, leur mot d’ordre anti-système mondial a surgi – et surpris – à l’automne. Avec des codes hérités des jeux vidéo, dont un drapeau pirate 2.0, et une communication horizontale via les réseaux sociaux, les manifestants vingtenaires – cette Génération Z née entre la fin des années 90 et les années 2010 – se sont soulevés contre le népotisme, la corruption, la vie chère, réclamant plus de politiques sociales et environnementales. Partie du Népal en septembre, la vague «Gen Z» a submergé, entre autres, l’Indonésie, Madagascar, le Pérou, le Maroc ou la Bulgarie. Si les revendications concrètes diffèrent forcément d’un pays à l’autre et si certains gouvernements sont tombés quand d’autres ont sévèrement réprimé les manifestations, cette mobilisation est aussi le signe d’une jeunesse interconnectée aux mots d’ordre transnationaux et aux antipodes de revendications nationalistes et culturelles. L’exact inverse de l’internationale réactionnaire, autre lame de fond planétaire. L.Br.
Riviera
En février, la vidéo ressemblait déjà à une blague d’un goût aussi abject qu’inepte. Posant l’un des premiers jalons de sa diplomatie commerciale – faire de l’argent plutôt que la paix –, Donald Trump se gaussait de transformer la bande de Gaza ravagée par l’armée israélienne en «riviera du Moyen Orient». Laissant le conflit, les morts et les destructions continuer pendant six mois de plus, l’administration Trump a rédigé un document de 38 pages qui détaille les infrastructures de cette «riviera» : port, aéroport, zones de production high tech dont l’une serait baptisée «Elon Musk», «villes intelligentes» où l’IA serait reine, îles artificielles et même un fleuve nommé «Trump». Deal immobilier cynique ayant fuité dans le Washington Post fin août, ce projet intitulé Great (Gaza Reconstitution Economic Acceleration Transformation Trust) est basé sur un postulat : vider l’enclave de ses habitants palestiniens à grands coups de primes pour les installer en Egypte ou en Jordanie. Inhumain, irréaliste et illégal. Ce qui n’a malheureusement jamais arrêté Trump. L.Br.




